Se marier sous la révolution : Absolument oui !





La zone de la Charguia fourmille de jeunes fiancés… Nombreux sont ceux qui ont répondu présents à l’appel de la foire de la mariée… Le mariage semble avoir regagné une vive sollicitation suite à la révolution… Détails.
Durant les dernières décennies, le taux de célibat a grimpé chez nous. La cage d’or, les festivités de noce, la vie commune…auraient cessé, par moments, de fasciner la jeune gent. Les statiques le prouvaient. Ceux qui se décidaient finalement mettre fin à leur célibat, avaient plus ou moins trente ans. Toutefois, depuis l’année dernière, les nouveaux mariés semblent avoir un âge bien plus jeune…
Dans un autre volet, la révolution tunisienne aurait donné un coup de pouce aux couples sous leurs différentes facettes. Plusieurs jeunes fiancés ont justement décidé de sauter le pas après le 14 janvier. En témoigne la présence massive des jeunes prétendants à la foire de la mariée.
Le mariage regagne ses galons
Dès qu’on franchit la porte d’entrée de la foire, on est aussitôt frappé par la présence en grand nombre de la gent féminine de tout âge. Les futures mariées circulent avec leurs mères, grand-mères, sœurs, cousines et amies. Certaines ont choisi de venir seulement accompagnée de l’heureux élu. D’autres sont escortées par les membres de la belle-famille. De leur côté, plusieurs prétendants ont également répondu présents à l’appel. Les papas, menus de leurs chéquiers, ne sont pas absents du tableau ! Ici, dès qu’on dépasse le hall d’entrée, une odeur encensée nous monte aux narines… Plusieurs senteurs aromatisent l’atmosphère. Le blanc, le doré et l’argenté sont les couleurs vedettes. Les paillettes éblouissent les rétines des visiteurs…
Trousseau de la mariée, robes blanches, « kesswa » traditionnelle, ustensiles, pièces décoratives, tissus et draps, corbeilles de henné, bijoux, meubles, produits de beauté …Un large éventail est offert aux visiteurs, de quoi faire chavirer les cœurs des jeunes filles. Mais c’est devant le stand des robes de mariage que la majorité des jeunes filles s’arrêtent le plus longtemps, les yeux éblouis. Elles contemplent la coupe, touchent la texture et semblent plonger dans un long voyage de rêve… Celui de s’imaginer le « j », vêtue de « La » robe tant rêvée, sous les youyous et les applaudissements de toute une pléiade d’invités…
La révolution retarde la date mais accentue le besoin de mariage
Mlle Cyrine A. 23 ans est fiancée. Elle admirait l’une de ces robes de noces… « A mon sens, le mariage restera toujours et encore le plus grand rêve de toutes les filles. D’ailleurs, plusieurs sont celles qui ont eu la frousse de leur vie lors des événements de la révolution ! Certains fiancés ont été obligés de repousser la date du mariage. Mais le train reprend sa marche actuellement. Toutefois, je connais des couples qui ont dû retarder les dates de mariage parce qu’ils se sont retrouvés sans travail du jour au lendemain… Heureusement, les choses se passent bien pour moi, je suis venue à la foire pour avoir une idée claire sur les nouveautés du trousseau, sur les prix et surtout pour collecter les cartes de visites des couturiers des robes de mariée. Je dois être prête d’ici la fin de l’été».
Mlle Nada, 24 ans, a une sœur qui a aussi reporté la date de son mariage. Prévu au mois de janvier, le mariage aura lieu cet été. La jeune fille juge que les grands changements qu’a subis notre pays ont revalorisé l’institution matrimoniale. « Les jeunes ne pensaient pas à se marier très jeunes, le mariage semblaient avoir perdu de sa sacralité. Mais comme par magie, il se remet à tenter les plus jeunes depuis la révolution. Plusieurs fiancés dans mon entourage ont décidé de sauter le pas après les événements de la révolution. Ma sœur quant à elle, a été forcée de reporter la date, elle se marie avant Juillet. »
Mlle Sabrine, fiancée de 23 ans, a aussi, de son côté retardé la date du mariage. A présent elle relance le « processus ». « Je me marie dans deux mois. Mon fiancé et moi avons prévu de nous marier l’été dernier. On a dû retarder parce qu’on n’a pu être prêts. Mais lors de la révolution, j’ai eu vraiment peur ! Je craignais que les choses ne se compliquent davantage et qu’il nous devienne alors impossible de fixer une date. Le nuage est passé Dieu merci, et dès que les choses se sont calmées, on a vite fixé une date. Toutefois, j’aurais cru qu’il y aura une baisse dans les prix. C’est tout le contraire qui se passe ! »
Mme Farida Youess rêve de voir sa fille enfin s’asseoir sur le trône, vêtue de la sacro-sainte robe blanche, ranger son trousseau de mariée. « Ma fille a 24 ans, elle se mariera, inchallah le 11 septembre. Son mariage était prévu en décembre dernier. Vu ce qui s’est passé, on a dû retarder ! Durant les événements de la révolution, on était tous sous tension.
De nombreuses questions turlupinaient sa tête. Et depuis qu’on a fixé la date, elle s’est remise à respirer. Toutefois, les prix ont franchement grimpé. La même couette est passée de 80 dinars juste avant la révolution à 130 dinars ! J’ai regretté de ne pas avoir tout acheté avant ! »
Mariage, le retour en force
Chassons le naturel, il revient au galop ! Les jeunes ont beau jouer aux célibataires endurcis, un jour il fallait bien que la vie conjugale redevienne un besoin, cela coule de source ! Chaque fille a des instincts maternels totalement naturels enfouis dans ses fin-fonds et qui éclatent tout bonnement un beau jour ! Aucune fille ne peut jouer la désintéressée durant longtemps ! Elle finit toujours par se plier devant ce rêve typiquement féminin depuis la nuit des temps. Aujourd’hui, les filles courent à cent mille lieues pour terminer leurs courses à temps. Et elles semblent bien plus jeunes que les mariées des dernières années. Depuis toujours, les toutes petites filles sont quasi conditionnées à leur rôle de futures épouses et mères. En effet, qui d’entre les petites demoiselles n’a pas rêvé du prince charmant qui, sur son cheval blanc galopant, viendra la courtiser en bas de son balcon pour, ensuite, lui passer la bague au doigt ? Qui d’entre elles n’a pas rêvé de la somptueuse robe blanche de mariée toute ornée de paillettes pour épouser, l’espace d’une nuit, le rôle d’une véritable princesse? Les toutes petites demoiselles grandissent et leurs rêves avec. Le plus important parmi ces rêves demeure le mariage.
Le mariage en tant que vecteur de stabilité avéré continue à faire rêver filles et garçons. Les témoignages le confirment. S’il est un moyen de s’engager à se donner et à se consacrer pour l’Autre, le mariage demeure surtout le pilier essentiel de la construction des noyaux familiaux… C’est dans ce sens-là que les jeunes voient le mariage aujourd’hui. Le mariage, après la révolution est vu en tant que vecteur inéluctable de stabilité et de sécurité. Parce que si les conditions de nos temps modernes et de la mutation de la société et des mœurs ont entravé tous ces rêves, celles de la révolution, ont semble-t-il remis les pièces du puzzle à leur place. Le mariage aurait vraiment regagné de son prestige grâce à la révolution. A voir les jeunes hommes défendre becs et ongles leurs familles, leurs quartiers et leur pays, les hommes ont gagné plusieurs galons… Les revoilà épouser de nouveau le rôle des courageux chevaliers. Ces derniers n’avaient-ils pas défendu et sans merci les leurs, munis seulement de bâtons mais surtout d’une forte dose de bravoure!


Abir CHEMLI




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Source: LeQuotidien: lequotidien-tn.com