La révolution à travers les versets d’un ver averti





Par Dr Mohamed Salah Souissi (*)
Un ver de terre ou de mer, un ver de l’univers, un ver de verdure, un ver de poème, un ver de vérité, un ver de rêve, …Enfin un ver qui vous donne le vertige et qui vous émerveille. Il lui arrive même de se prendre pour un dieu tout minuscule et sans prétention aucune. N’est-il pas une création de ce que l’on s’accorde à appeler le Dieu? N’est-il pas son œuvre, son incarnation, ou sa réincarnation? N’est-il pas lui-même divin, avec ses qualités et ses défauts, même les plus vilains? La différence, c’est que lui-même s’il avait tous les pouvoirs les plus absolus, ne demanderait pas à ses pauvres créatures, qui ne lui ont rien demandé, de le sacrer, de le croire, de lui obéir et de le prier, en leur promettant en guise de récompense le paradis, et en réservant aux infidèles, un redoutable enfer. Il n’en a pas besoin, de la reconnaissance de quelqu’un, qu’il a fabriqué lui-même, et qu’il peut arranger à sa manière, anéantir et remplacer s’il le désire, du jour au lendemain.
Lui, qui n’a connu sur son chemin que des semblables et des copains. Il ne peut que leur demander de le rejoindre et le retrouver, là où les valeurs suprêmes de la divinité sont censées rassembler tous autour d’un même destin, celui des êtres les plus divers, celui de l’amour sans frontières, du respect, de la tolérance et du partage dans la vie ou au-delà, dans le ciel comme sur la terre. Là, où un vrai dieu régnera sans distinguer entre les êtres et leur gigantesque environnement, qui seul, leur donne leur raison d’être et leur mission. Là où il n’y a pas de mystère, et pourtant le pain se confond avec le corps, alors que le vin devient du sang. Là où l’Evangile, la Bible, la Tora ou le Coran, laissent libre champ à d’autres textes ne comportant aucune ambiguïté et ne laissant aucune chance à la spéculation. Là où les textes sacrés et les versets sont clairs, nets et francs. Tout le monde les écrit, les discute, les approuve, les apprécie et les comprend. Là où l’on sait faire la différence sans aucune hésitation, entre le noir et le blanc, et entre les bons et les méchants. Là, où l’on se contente de vivre, totalement sa réalité et son présent, raisonnablement et honnêtement, et sans se soucier aucunement de ce qui nous attend. De toutes les façons, quand on n’a fait que du bien dans sa vie, et avec les meilleures intentions et la plus grande attention, on n’a même pas à attendre des récompenses. Puisque la meilleure des récompenses se trouve déjà là-dedans.
Un ver qui sait d’où il vient et où il va, pourquoi quand et comment. Il sait aussi que cela n’est pas le plus important. Ce qui l’intéresse, ce n’est pas son état, ni sa condition, ni son ventre, ni son bas-ventre, ni la poche de sa veste, ni celle de son pantalon. Il cherche simplement, à laisser quelque part, une trace dans la mémoire de l’existence consciente et inconsciente, de son complexe univers, dans toutes ses dimensions. La trace qui pourrait à elle seule, lui faire pousser des ailes, pour occuper une place à la hauteur de son intelligence, de ses capacités et de ses responsabilités. La place de choix d’un être, qui mérite d’être un super être, mais certainement pas d’être tronc !...
Son message est simple. Il ne veut même pas se l’approprier, ni le revendiquer, ni le défendre, tellement il lui paraît évident. Son seul tort est peut-être d’y croire fortement, et de n’y rien trouver d’utopique.
Il continue à croire, même en sachant qu’on le regarde de loin, indifférents ou moqueurs, s’agiter, se débattre et perdre son temps. Il n’a pas l’intention de se laisser distraire, ni de se laisser piétiner, ni de renoncer, tant il est persuadé de l’urgence de faire barrage à l’hypocrisie, à l’obscurantisme, à ses disciples, et à ceux que cela arrange et qui veulent profiter de tout et avant tout le monde bêtement et égoïstement.
Un tel message a besoin uniquement, d’être porté tout naturellement, dans toutes les âmes de tous ceux qui sont honnêtes, respectueux et raisonnables, et qui en veulent vraiment d’un univers paisible, serein, cohérent et conciliant. Un univers sans aucune limite géographique ou historique, et qui appartient à tous les vers, les plus divers. Tous, au même titre, sont propriétaires, partenaires, et responsables à part entière. Tous, n’ont d’autre existence, d’autre origine, d’autre vie, d’autre chance, ou d’autre destin, que ce qu’ils y trouvent de grandiose et de commun comme unique et meilleur festin.
Voilà ce que pense un minuscule petit ver totalement nu, en se tortillant et en se remuant, quelque part dans la biosphère. Effectivement il est là, partout et nulle part; il le croit sincèrement: que partout où il se retrouve, c’est uniquement par hasard, mais, que partout aussi, il a des droits et des devoirs, pas pour son plaisir, ni pour sa gloire, et pas pour plaire à quiconque, ni pour se plier, supplier, ou avoir. Tout juste, parce qu’il sait qu’il est noble, et qu’il le restera, et qu’il est maître dans tous les arts, même quand il ne sait rien faire. Sans perdre confiance, ni s’avouer vaincu d’avance, il essaye tous les terrains, et pourquoi pas toutes les prouesses, sans un soupçon de complexe. Partout, il met ses doigts, ses pattes et ses antennes, et jusqu’au bout du monde. Un bout qu’il n’atteindra pas, et il le sait. Pour lui, comme pour le monde, le bout n’existe pas. Pourtant, il doit bouger, quitte à essayer de faire de la politique. Même s’il ne sort pas d’une grande école, ou qu’il ne fait pas partie de l’élite. Il fait bien la politique des autres, malgré lui et à chaque instant, en la subissant, ou en s’exécutant, ou en laissant faire, sans réagir. Sa politique à lui est simple. Elle se résume en une seule chose: garantir à chacun le droit à sa conscience, à la réflexion, à l’intelligence, à l’action et à la chance. Ce qui veut dire redonner à la vie l’espoir et la prestance, et à la révolution un peu d’essence, son vrai sens et une éternelle effervescence.


(*) Médecin vétérinaire


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Source: LeQuotidien: lequotidien-tn.com