Libye : Le spectre de l’enlisement





Un général américain estime peu probable que les insurgés parviennent à renverser Kadhafi. Contrairement à Washington, l’OTAN dit qu’il n’y a pas d’«impasse» en Libye.
Le Quotidien-Agences
La Libye est-elle devenue un nouveau bourbier dans lequel les forces de la coalition internationale se sont enlisées? Pour le commandant des forces américaines pour l’Afrique, le général américain Carter Ham, la réponse est oui, clairement. Selon lui, la possibilité pour que les rebelles libyens parviennent à faire tomber le régime de Mouammar Kadhafi est extrêmement mince. «Je dirais qu’il y a une faible probabilité», a-t-il reconnu jeudi lors d’une audition au Sénat.
Selon le général, l’intervention aérienne de la coalition internationale a permis de «réduire de manière significative» la force du régime de Mouammar Kadhafi de frapper les civils et les rebelles. Mais ces derniers ne pourront certainement pas gagner Tripoli et pousser Kadhafi vers la sortie. Pas de quoi rassurer les politiques qui, de Washington à l’Europe s’inquiètent de plus en plus de l’incapacité des rebelles à prendre le pouvoir.
Ses déclarations semblaient appuyer un jugement d’Hillary Clinton, la secrétaire d’Etat américaine, selon laquelle il est difficile de considérer que «la puissance aérienne seule» pourra détruire l’armée du dictateur libyen. L’état-major français, de son côté, n’hésite plus à qualifier de «complexe» la situation sur le terrain.
L’OTAN n’était pas de l’avis américain. Il n’ y a pas d’«impasse» en Libye, ni militaire, ni politique, a expliqué, hier, une porte-parole de l’OTAN. Selon elle, «la communauté internationale avance pour trouver une solution politique» car, répète l’Alliance atlantique depuis plusieurs jours, le conflit ne trouvera sans doute pas d’issue purement militaire.
Hantée par le spectre de l’enlisement, critiquée par les rebelles pour l’insuffisance de son engagement aérien afin de défendre, notamment, la ville de Misrata, assiégée par l’armée de Kadhafi, l’OTAN a voulu réagir. «Notre message est clair, notre rôle est de vous protéger», a lancé la porte-parole, à destination des civils libyens. L’Alliance continue de démentir une réduction de son engagement, dit «maintenir la pression» et suivre «une stratégie cohérente».
Difficulté de communication
Toutefois, «la situation reste très fluide» souligne le vice-amiral Russ Harding, l’un des chefs de l’opération au QG de l’OTAN, à Naples. Une façon d’évoquer les difficultés auxquelles la coalition est confrontée, alors que l’armée du colonel Kadhafi disposerait encore de quelque 70% de ses moyens et utiliserait de plus en plus fréquemment des boucliers humains. Elle dissimulerait aussi son matériel lourd dans des zones habitées afin de compliquer les frappes de la coalition.
Cette situation complexe a été illustrée par une «bavure» survenue, avant-hier à Brega, dans l’est du pays, et au cours de laquelle un nombre indéterminé de civils a été tué. Croyant faire feu sur des chars de l’armée, les avions de l’OTAN auraient en réalité tué des rebelles.
L’OTAN surveille une vaste zone à l’aide d’avions et de navires que lui fournissent des pays membres, dont 6 proposés par la Turquie.
L’Alliance affirme qu’elle n’avait pas été mise au courant par les forces insurgées du fait qu’elles avaient mis la main sur ces équipements. En tout état de cause, a indiqué le vice-amiral Harding, il n’est pas question pour l’état-major de présenter des «excuses».
L’épisode illustre au moins les difficultés de communication entre la coalition et les insurgés, l’OTAN ne cachant plus sa relative méfiance vis-à-vis de ces derniers, inexpérimentés et désorganisés. Réaffirmant la nécessité de protéger les civils de toutes les menaces qui pourraient peser sur eux et son désir d’éviter tout «dommage collatéral», le commandement militaire n’entend, en tout cas, pas afficher ouvertement un soutien trop massif aux rebelles.
Issue politique
La question de la suite de la mission sera évoquée successivement à Luxembourg, Doha et Berlin dans les prochains jours, lors d’un conseil européen des ministres des Affaires étrangères, d’une réunion du «groupe de pilotage politique» pour la Libye et, enfin, lors d’une session de l’Alliance atlantique, au niveau des ministres des Affaires étrangères.
Les thèmes de l’éventuel envoi de troupes au sol, de la formation des rebelles et de l’acheminement de matériel humanitaire – avec, à la clé, une possible mission de l’Union européenne encadrée par des moyens militaires – seront débattus lors de ces diverses rencontres.
C’est toutefois la question d’une possible issue politique au conflit, avec une éviction du colonel Kadhafi pouvant précéder un cessez-le-feu, qui occupe aujourd’hui tous les esprits. A défaut, estiment de nombreux experts, les incertitudes quant à la conduite et la durée de l’opération en Libye ne feront que s’amplifier.




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Source: LeQuotidien: lequotidien-tn.com