Vu en France : Borloo complique le jeu politique





En annonçant qu’il quittait l’UMP et qu’il songeait à se présenter en 2012 pour défendre une politique sociale et humaniste, l’ancien ministre trouble tous les partis.
De notre correspondant permanent, François Bécet
Il voulait Borloo pour rééquilibrer sa majorité, il a trop attendu et, sous la pression des sondages et d’une bonne partie de l’UMP, il a reconduit Fillon. Et si cette version, abrégée, du remaniement n’était pas la bonne? Nicolas Sarkozy n’aurait-il pas plutôt hésité et tergiversé parce qu’il réfléchissait à sa stratégie pour une réélection en 2012? Avec Claude Guéant, Henri Guaino et Patrick Buisson, son conseiller politique issu de l’extrême droite, il aurait choisi de droitiser le Mouvement populaire. Pas question alors de faire du centriste son Premier ministre.
Jeudi soir, Jean-Louis Borloo a tiré les conclusions de ce virage à droite en annonçant sur le plateau de la dernière de «A vous de juger» qu’il quittait l’UMP à qui il reproche de mettre l’accent sur l’insécurité et l’immigration, deux thèmes qui ne constituent pas «l’essentiel des problèmes des Français». L’ancien ministre, qui fêtait ses soixante ans, regrette qu’un «virage social» n’ait pas été pris à la fin de l’an dernier. Pour le prendre maintenant, il entend fonder avec les centristes qui le voudront «une alliance républicaine, écologiste et sociale» qui aura vocation à présenter un candidat à la présidentielle. Il soumettra ce projet à la mi-mai à son parti, le Parti radical, qui devrait également quitter l’UMP tout en restant au sein de la majorité présidentielle.
Sarkozy et Copé ont tenté en vain d’amadouer le centriste et de la garder au sein de la «famille». Jean-François Copé regrette la décision de Borloo qui a été «un grand ministre» car, a-t-il dit, «j’ai besoin de lui». Rama Yade, qui a rejoint le radical, lui a indirectement répondu : «Ils nous ont mis dans une situation impossible avec la droitisation de l’UMP». Maintenant, le Mouvement populaire va tout faire pour éviter que Jean-Louis Borloo ne franchisse le pas suivant et se présente. Le «diviseur» de la famille majoritaire est prévenu que ses candidats aux législatives et aux sénatoriales pourraient ne pas avoir le soutien de l’UMP.
Le centriste Daubresse, secrétaire général adjoint de l’UMP, estime que «le centre et la droite» ont besoin de s’unir » et pense Borloo «pose toutes les bonnes questions mais n’apporte pas forcément les bonnes réponses stratégiquement».
Ce qui est sûr, c’est que l’ancien ministre de l’Ecologie complique singulièrement le jeu politique, déstabilise toutes les formations. Il peut affaiblir Nicolas Sarkozy et même l’empêcher d’accéder au second tour, il dérange le PS car il peut lui enlever les voix de déçus de la droitisation de l’UMP, il chasse sur les terres écologistes en appelant même Hulot à le rejoindre. Borloo n’a pas encore décidé mais il est catégorique: «Si j’y vais, c’est pour gagner».
Pour cela, il lui faudra d’abord convaincre les Français. Si, selon un sondage Ipsos Logica, 72% le trouvent «plutôt sympa», 52% «plutôt sincère» et 50% «plutôt compétent», ils ne sont plus que 30% à être favorables à sa candidature et 19% à trouver qu’il a «la carrure» d’un président. Jean-Louis Borloo traîne derrière lui cette image d’homme qui boit un peu trop, ce qui fait dire à ses «amis» de l’UMP qu’«il préfère siroter son apéro que faire campagne». Ce qui a peut-être provoqué le lapsus d’Elise Lucet qui, jeudi à la fin de son JT, a annoncé avant de se reprendre sut l’invité d’A vous de juger était Jean-Louis Bordeaux.


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Source: LeQuotidien: lequotidien-tn.com