Oubaïed Jemaï : Pour un théâtre qui affronte les limites





Derrière l’allure frêle de ce jeune homme, un combattant qui rêve d’un théâtre meilleur, libre et libéré… Rebelle, Oubaeïd Jemaï semble prêt à tous les combats pour que la scène retrouve son éclat. Portrait. 


 Il est l’un de ces jeunes qui font aujourd’hui la fierté de la Tunisie. Il est l’un des citoyens de la sphère Facebook, comme d’ailleurs des milliers de Tunisiens qui ont trouvé dans ce réseau social une seconde belle rési­dence. Jusqu’ici, rien d’excep­tionnel. Sauf qu’Oubaïed Jemaï est aussi un artiste, un accro de la scène, de la caméra…
Diplômé de l’Institut supérieur d’art dramatique (ISAD), il a à son compte quelques participations et collaborations avec des réa­lisateurs de renom, des artistes qui ont marqué de leur empreinte la scène artistique nationale dont nous citons : Salma Baccar, Fad­hel Jaziri, Ezzeddine Harbaoui et Hassen Mouadhen. Et pourtant, le jeune artiste ne semble pas être satisfait de ce qu’il a déjà accompli. Et pour cause: «Les conditions du tournage du feuilleton «Akfass bila touyour» (Des cages sans oiseaux) avec Ezzeddine Harbaoui étaient très difficiles. J’ai regretté d’ailleurs cette participation car tout jouait contre la réussite de cette production audiovisuelle. Ajoutons à la faiblesse géné­rale du scénario, une mauvaise direction de comédiens et une mise en scène bâclée pour la simple raison qu’il faut faire vite pour diminuer les coûts», nous confie l’artiste, avouant qu’il a, comme de nombreux participants à cette production, raté son pas­sage. Une mauvaise expérience qui a permis à ce jeune artiste d’apprendre une grande leçon : il faut toujours être sélectif, même quand on est au début du chemin, il ne faut jamais se laisser aller. «J’ai appris de Fadhel Jaziri la discipline. C’est un artiste qui soigne méticuleusement son oeuvre et qui écoute bien ses artistes et ses collaborateurs», souligne Oubaïed Jemaï.
Avant la Révolution, Gafsa
Le regard clair et perçant, il avoue quelques faux pas. Guidé par un amour ardent pour l’art, pour le théâtre, l’enfant de l’ISAD a, dans ce labyrinthe des partici­pations, pris part à un projet qui lui tient à coeur : « Watan » (Patrie), une pièce de théâtre produite et mise en scène dans le cadre des projets de fin d’études. Un rêve tissé collectivement, soigneuse­ment, avec beaucoup de passion et de patience.
La Révolution tunisienne ? Il a été dedans avant même son déclenchement grâce à cette pièce traitant de douloureux événements qui ont eu lieu en 2008 dans le bassin minier de Gafsa. Contrairement à de nom­breux resquilleurs qui cherchent à s’approprier aujourd’hui la Révolu­tion, lui et ses collègues ont choisi d’échapper aux stéréotypes et de parler de Hichem Alaymi et Adnène Hajji, victimes de la répression qu’exerçaient Ben Ali et ses col­laborateurs sur les syndicalistes de Gafsa. «Nous avons débarqué à Gafsa et dans les régions avoi­sinantes pour collecter les infos. Au début, l’écriture s’est faite en groupe. Puis, c’est Syhem Akil qui a été chargée de fignoler la dramaturgie et Riadh Hamdi pour la mise en scène… Nous avons présenté ce projet de fin d’études. Aujourd’hui, nous continuons à jouer ce texte qui constitue notre fierté en tant qu’équipe, car nous l’avons présenté avant même que cette révolution salutaire n’éclate. D’ailleurs, par respect pour nous-mêmes, pour la révolution et les martyrs, nous avons refusé certaines propositions à vocation commerciale… Des gens qui ont voulu tirer profit de notre joli rêve», a précisé Oubaïed Jemaï, sou­lignant l’importance des efforts déployés par ses collègues Ridha Jaballah, Néji Kanawati, Ahmed Amine Ben Saâd et Anouar Achour sans bien sûr oublier ceux qui ont veillé à la réussite du côté technique.
De quoi rêve-t-il aujourd’hui, après la révolution et suite aux mesures annoncées par les auto­rités culturelles ?
- «D’un théâtre qui affronte les limites».

Imen ABDERRAHMANI



 Bio express
 Oubaïed Jemaï, né le 6 février 1983 à Tunis, est un acteur tunisien, diplômé de l’ISAD.
Participations
- 2004 : «Fleur d’oubli» de Salma Baccar
- 2008 : «Thalathoun» de Fadhel Jaziri
- 2009 : «Akfass bila touyour» ou (Cages sans oiseaux), feuilleton de Ezzeddine Harbaoui
- 2010 : «Petites rêveries» de Hassen Mouadhen
- 2010 : Assistanat à la mise en scène du spectacle «Hadhra 2010» de Fadhel Jaziri




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Source: LeQuotidien: lequotidien-tn.com