Lettre ouverte à M. le ministre du Transport et de l’Habitat





Par Mohamed Béchir EZZILI (*)
Depuis le 14/01/2011, les dossiers concernant l’abus de pouvoir du président déchu et de sa famille apparaissent jour après jour dans la presse écrite. Nous essayerons de vous montrer ici, M. le Ministre, l’intérêt direct du déchu à édifier un nouvel aéroport à Enfida. Pour le reussir, il a utilisé une politique qui anéantit l’aéroport qui porte le nom de son prédécesseur : l’aéroport international Habib Bourguiba de Monastir.
Depuis quelque temps, des rumeurs courent sur le fait que l’aéroport de Monastir va fermer ses portes et nous avons vu des interventions à la télé et dans la presse écrite sur cette question. Le personnel de l’aéroport est inquiet sur son devenir surtout qu’il y a un nouvel aéroport extensible : l’aéroport d’Enfida pouvant abriter tout le trafic aérien. Les deux aéroports ont le même concessionnaire : la société turque TAV. Des constatations alimentent le débat sur l’avenir de l’aéroport de Monastir :
- Le transfert d’un vol de Lufthansa de Monastir vers Enfida
- L’inexistence de Monastir dans la carte publicitaire de la TAV.
- La TAV fait la promotion d’Enfida Monastir alors qu’en réalité ce sont deux aéroports différents distants de 60 km environ
- La modification du nom de l’aéroport: on passe de «Aéroport international Habib Bourguiba» à «Aéroport Habib Bourguiba».
- L’accord signé avec l’UGTT du temps du président déchu visant à réduire le nombre de passagers et de personnels.
- La récente interview du PDG de la TAV à la presse du 11/03/2011.
Des manifestations de contestation des différents personnels de l’aéroport de Monastir ont eu lieu à partir du 10/ 03/2011 jusqu’à ce jour, ce qui a sensibilisé les citoyens de tout le gouvernorat puisque l’aéroport est générateur d’emplois directs et indirects dans la région. Il n’est pas exclu que ces manifestations s’élargissent dans l’avenir vers la capitale puisque des lettres de soutien des employés des aéroports de Sfax et de Tunis sont parvenues à leurs camarades de Monastir.
Les citoyens de la région de Monastir réunis le 13/3/2011 ont débattu de ce problème et le considèrent comme épineux. Ils ont exprimé leur solidarité inconditionnelle aux manifestants.
Dans le but de mieux comprendre ce qui se passe à l’aéroport de Monastir, il est important de rappeler les conditions de construction de l’aéroport d’Enfida sachant que les deux aéroports ont le même concessionnaire.
En 1994, il y a eu l’idée de construire un nouvel aéroport du fait de l’augmentation du nombre de passagers sur l’aéroport de Tunis Carthage. Une étude technique et statistique dont le but est de valider la nécessité d’un nouvel aéroport en Tunisie en tenant compte de la croissance économique tunisienne a été réalisée. Les responsables de cette étude ont éliminé l’option d’extension des aéroports de Monastir et de Tunis Carthage. Ils ont souligné l’urgence de construction d’un nouvel aéroport en Tunisie.
Deux sites ont été signalés :
- Le site de Bouhnech (Gouvernorat de l’Ariana)
- Le site de Borj cédria (Gouvernorat de Ben Arous)
Selon les experts, les deux sites présentent des inconvénients majeurs pour la construction d’un aéroport qui, théoriquement, doit être faite par l’Etat tunisien. Les décideurs se sont orientés vers Enfida (Sousse).
Le contrat BTP s’élève à 300 millions d’euros avec 5% de commission pour Belhassen Trabelsi selon l’agence TAP (on ne sait pas pour quel service rendu) équilibré en 2011 à 550 millions d’euro selon la TAV dans le journal Tunis-hebdo du 21/03/2011.
A partir du jour du choix du site, les spéculations du président déchu et de sa famille ont commencé par l’achat de presque toutes les parcelles avoisinant l’aéroport destinées jadis à l’agriculture. Le but de cet achat c’est de vendre ces parcelles au m2 pour la construction: de Bou ficha à Saloum allant jusqu’à Hergla les terres sont devenues au nom des Ben Ali et ses alliés. A cette époque, nous avons lu dans la presse écrite qu’Enfida allait devenir la capitale de la Tunisie, pour une raison simple c’est que dans une capitale le prix du m2 de terrain devient très important et le bénéfice des Ben Ali et CO devient gigantesque. Ces terres n’existent pas dans la localité de Borj cédria ce qui implique probablement le choix d’Enfida.
En 2001, l’OACA (office de l’aviation civile et des aéroports) a livré les études de construction de l’aéroport d’Enfida au bureau d’études de l’aéroport de Paris puis l’ouverture de la concession a été lancée. Deux candidats se sont présentés : l’aéroport de Paris et la société turque TAV. A noter que le président déchu a fait un accord avec la TAV pour construire et utiliser l’aéroport d’Enfida ce qui n’est pas habituel. Le concessionnaire d’habitude utilise et ne construit pas. L’accord entre les deux parties a eu lieu en 2003 selon M. Ben Cheik ex-PDG de l’OPAT.
Une fois les travaux d’Enfida terminés, on a commencé à parler de la concession de l’aéroport de Monastir. Les premières discussions ont eu en 2004 selon M. Ben Cheik. L’accord de principe entre le président déchu et la TAV était de ramener le nombre de passagers à 2500000 au lieu de 4500000 selon M. Ben cheik. Le président déchu a donc une volonté de réduire le nombre de passagers à Monastir et non de résoudre le problème de surplus de l’aéroport de Tunis Carthage. Ensuite l’OACA a signé la convention qui entre en vigueur le 01/01/2008. La TAV voudrait réduire le nombre de 2500000 à 1500000. Elle a obtenu un accord de l’UGTT et des instances régionales. Cette fois-ci ce n’est pas le président déchu qui donne l’accord mais l’UGTT et les instances régionales. Ceci a eu lieu le 29/12/2010. On passe donc d’une discussion de haut niveau à une discussion régionale. Il faut noter que l’OACA n’a jamais participé à propos des discussions sur l’aéroport en 2004 avec la TAV selon M. Ben Cheik. Selon la même source l’ex-ministre du transport M. Sadok Rabeh n’était pas d’accord à faire la concession de l’aéroport de Monastir étant donné qu’il a fait un bénéfice net de 24 milliards en 2004. Peut –on livrer à un concessionnaire une entreprise qui marche et qui a des bénéfices rétorquent les membres du comité de défense de l’aéroport! Ils s’interrogent aussi sur la durée de la concession qui est la plus importante dans le monde entier (40 ans) alors que la TAV a signé un contrat similaire pour un aéroport fonctionnel, équivalent à celui de Monastir, avec l’Egypte pour une durée de 20 ans. Ils considèrent que l’aéroport a été bradé par le président déchu lors des discussions de 2004 pour des intérêts strictement personnels. Pour une TAV qui construit à temps un aéroport qui vante les acquis du déchu, ce dernier est en mesure de lui redonner deux à la place d’un avec en arrière-pensée deux objectifs :
- Faire le plus d’argent autour d’un aéroport qui devrait marcher.
- Eliminer le nom de Habib Bourguiba qui le dérange.
A partir du jour où la TAV a eu l’accord sur 1500000 passagers, le comité de défense de l’aéroport a constaté qu’il y a des mesures accompagnatrices de la part du président déchu et de la société TAV qui visent à terme la fermeture de cet aéroport. Ces mesures consistent à dénigrer le service de cette institution et l’aéroport dans sa globalité et sa rentabilité économique.
La société TAV a informé certaines compagnies de Tour opérateur que l’aéroport de Monastir est devenu le siège d’actes de vandalisme.
La TAV affirme dans l’interview du 11/03/2011 dans «La Presse» que la capacité de l’aéroport est de 1500000 alors que ce chiffre représente le commun accord entre instance régionale, UGTT et TAV. La capacité réelle est de 4500000. La TAV indique que l’aéroport de Monastir possède une mauvaise qualité de service pourtant cet aéroport a été élu meilleur aéroport de Tunisie en 2009 (que dire alors des autres aéroports). La TAV affirme que l’aéroport de Monastir induit une pollution sonore et nous pensons que ce phénomène existe presque partout dans le monde, celui de Monastir ne fait pas exception.
Le concessionnaire indique qu’il y a une poignée d’employés qui commettent des actes de vandalisme en ôtant les fanions de la TAV et en cassant les vitres de l’aéroport de Monastir. Les actes de vandalisme n’ont pas été constatés par l’huissier notaire M. Bel Arbi le 12/3/2011 et nous pensons que si de telles actions ont été officiellement prouvées à Monastir comme ailleurs, la solution serait de recourir à la justice. La TAV revient sur les chiffres avancés concernant le nombre de passagers accordé à Monastir à 2000000 dans le journal Essarih le 17/03/2011 et redescend à 1500000 dans le journal Tunis-Hebdo le 21/03/2011.
La TAV fait plusieurs transferts de vol de Monastir vers Enfida pourtant les clients ne sont pas d’accord sur l’obligation d’atterrir dans cet aéroport. M. Roland Lamberty luxembourgeois avait signalé le phénomène par écrit pour lui et pour ses amis belges et Hollandais. Il réclame à la Tunisie de faire revenir luxair et Tunisair vers Monastir. Ce transfert de vol induit donc des problèmes aux passagers et ne favorise pas à accroître le tourisme en Tunisie.
La société TAV s’est livrée à des querelles pour phagocyter l’aéroport de Monastir alors que l’objectif principal de la construction de l’aéroport d’Enfida est de faire de celui-ci une plaque tournante entre l’occident et l’orient du type de l’aéroport de Frankfort (Allemagne).
Du côté président déchu, sa campagne de dénigrement commence par le biais de son ministre M. Abderrahim Zouari le 29/12/2011 qui indique que l’aéroport de Monastir est déficitaire et que l’OACA enregistre 20 MDT de déficit dans les aéroports de Tabarka , Tozeur et Monastir (webmanager center.com 29/12/2011). Pourtant, selon les informations sur les aéroports des années 2007 et 2008, celui de Monastir se classe le premier concernant l’activité commerciale des voyageurs bien avant Tunis Carthage et le second du point de vue activité commerciale des avions!!!
Activité commerciale des voyageurs et des avions des aéroports de Tunisie en 2007 et 2008
Le comité de soutien de l’aéroport considère qu’il n’y a pas de position claire de la part de la TAV concernant l’accord sur le nombre de passagers pour l’aéroport de Monastir :
- 2500000 accord concernant l’aéroport de Monastir avec le président déchu en 2004.
- 1500000 accord avec l’UGTT et les instances régionales le 29/12/2010
- 2000000 chiffre livré au journal Essarih le 17/03/2011.
- 1500000 chiffre livré au journal Tunis hebdo le 21/03/2011.
On passe du simple au double presque ce qui dénote qu’on cache beaucoup de choses à ce sujet.
Le comité de soutien de l’aéroport de Monastir se pose des questions sur la durée de la concession et sur le fait que les premières discussions en 2004 ont eu entre la TAV et le président déchu, en l’absence du principal intéressé : l’OACA.
Cela montre que le président déchu avait des intérêts personnels dans la construction de l’aéroport d’Enfida (achat des terres autour de l’aéroport). Il a appuyé ses intérêts par le dénigrement de l’aéroport de Monastir à tous les niveaux (Propos du ministre Zouari le 29/12/2010). Il a permis à l’OACA de faire la concession avec la TAV en 2008 alors que l’aéroport faisait le meilleur bilan économique du pays à cette date. La volonté individuelle du président déchu à réduire le nombre de passagers (accord verbal selon M. Ben Cheik). Tout ceci montre que le président déchu a une politique d’anéantissement de l’aéroport de Monastir. C’est pourquoi le comité de défense de l’aéroport constitué d’universitaires, d’avocats, de syndicalistes, des membres de la ligue des droits de l’homme, des citoyens de la ville de Monastir, du gouvernorat et des employés de l’aéroport pensent qu’il s’agit-là d’une affaire qui relève strictement de la responsabilité du président déchu qui a abusé de son pouvoir puisqu’il a des intérêts directs certains. Ils revendiquent alors une enquête sur la concession à partir des différents points évoqués dans cette lettre par une commission neutre dans le but de la restitution de la gestion de l’aéroport à l’office de l’aviation civile et des aéroports (OACA).


(*)Universitaire




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Source: LeQuotidien: lequotidien-tn.com