Emigration clandestine des Tunisiens : Les désaccords font boule de neige en Europe





L’exode de migrants venus d’Afrique du Nord a crispé l’Europe et provoqué un affrontement hier entre ses ministres de l’Intérieur qui veulent fermer leurs frontières.
Le Quotidien-Agences
«Il ne peut être dans l’intérêt de l’Europe que nous soyons contraints d’introduire de nouveaux contrôles», a averti le ministre allemand Hans-Peter Friedrich, en marge d’une réunion sur le sujet avec ses homologues européens. Mais «nous sommes prêts» à le faire «si nécessaire», a-t-il affirmé.
Près de 20.000 Tunisiens ont débarqué sur les côtes italiennes depuis le début de l’année et deux nouvelles embarcations sont arrivées hier avec 200 migrants à leur bord.
Cette situation est jugée intolérable par la Ligue du Nord, le parti xénophobe et anti-immigré associé au pouvoir en Italie. Son leader, Umberto Bossi, a demandé de «vider la baignoire».
Les nouveaux arrivants doivent être refoulés, conformément aux termes d’un accord bilatéral conclu entre Rome et Tunis. Mais il ne s’applique pas pour leurs prédécesseurs, qui vont recevoir des permis temporaires leur permettant de passer en France, en Autriche et en Suisse dans le cadre de l’espace Schengen sans frontières.
Pas question, ont averti les autorités françaises, allemandes et autrichiennes.
Ces autorisations sont soumises à des règles strictes: avoir des documents d’identité valides et justifier de ressources, a indiqué la commissaire à l’immigration, Cecilia Malmström.
Problème: contrôler ces documents sera difficile car l’Europe a aboli les frontières internes dans l’espace Schengen dont sont membres la Suisse et tous les Etats de l’UE, à l’exception du Royaume-Uni, de l’Irlande, de la Bulgarie, de la Roumanie et de Chypre.
Le traité est explicite. Il est interdit de rétablir des garde-frontières et si des contrôles peuvent être effectués dans la zone frontalière, ils ne doivent pas être systématiques.
Les voisins de l’Italie veulent néanmoins rétablir un «cordon sanitaire» avec l’Italie et le bras de fer est désormais engagé avec Rome, au risque de ruiner le peu de coopération européenne trouvé dans le domaine de l’immigration.
«Aujourd’hui nous venons avec des demandes précises et nous allons voir si l’Europe est unie et solidaire», a annoncé le ministre italien de l’Intérieur, Roberto Maroni, à son arrivée à Luxembourg.
«Nous allons voir aujourd’hui s’il existe une Europe unie et solidaire ou s’il s’agit seulement d’un espace géographique», a-t-il averti.
Les premières réactions de ses homologues ont laissé augurer d’un affrontement. «Nous ne pouvons accepter que de nombreux migrants économiques viennent en Europe en passant par l’Italie», a affirmé Friedrich.
«Laisser entrer des gens qui ne peuvent se nourrir par leurs propres moyens, qui ne peuvent prouver qu’ils ont des ressources ne ferait que préparer le terrain à la criminalité, et en tant que ministre responsable de la sécurité je ne peux l’autoriser», a abondé son homologue autrichienne, Maria Fekter.
«Les Tunisiens arrivés en Italie sont pour la plupart des illégaux. Ils doivent retourner chez eux, et les Tunisiens doivent les accepter», a renchéri le ministre espagnol, Alfredo Rubalcaba.
Le président de la Commission européenne , José Manuel Barroso, se rend aujourd’hui à Tunis, mais il a peu de contreparties à offrir pour contraindre les autorités tunisiennes à bloquer l’exode de leurs concitoyens confrontés au chômage.
L’accueil de ressortissants non communautaires est en effet une prérogative nationale et la solidarité au sein de l’UE se fait sur une base volontaire, a souligné Malmström.


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Source: LeQuotidien: lequotidien-tn.com