Côte d’Ivoire : Qui a arrêté Gbagbo?





Laurent Gbagbo a été capturé lundi après-midi. Un événement qui clôt une page longue de quatre mois de conflit en Côte d’Ivoire, mais qui pose quelques interrogations, notamment sur le déroulement de son arrestation.
Le Quotidien-Agences
Des zones d’ombre demeurent sur les circonstances de l’arrestation de Laurent Gbagbo lundi à Abidjan, malgré l’affirmation réitérée de Paris que l’ancien président a été arrêté par les forces d’Alassane Ouattara elles-mêmes, les soldats français n’apportant qu’un simple «soutien».
Le camp Gbagbo a directement accusé, hier, les «forces spéciales françaises» d’avoir «enlevé» le président sortant à sa résidence pour le livrer à Alassane Ouattara. Dans le même temps, le Premier ministre français François Fillon a réaffirmé que «pas un soldat français» n’avait mis les pieds dans la résidence.
Des témoins avaient précédemment dit avoir vu une colonne d’une trentaine de blindés français se diriger vers sa résidence. Mais quelques minutes plus tard, le camp Ouattara comme les autorités françaises, martèlent que ce sont bien les forces républicaines ivoiriennes qui ont arrêté Laurent Gbagbo.
Intervention militaire française directe ou dénouement «entre Ivoiriens», comme l’affirme la France? L’enjeu est important pour le nouveau président Ouattara, dont la légitimité souffre déjà du soupçon d’avoir été porté au pouvoir par l’ancien colonisateur.
Après une offensive éclair qui a vu toutes les grandes villes tomber aux mains des Forces républicaines de Côte d’Ivoire (FRCI, pro-Ouattara), ces dernières buttaient depuis des jours contre les derniers bastions de Laurent Gbagbo à Abidjan.
Dès samedi, il est apparu évident que les FRCI étaient incapables d’en finir seules avec le régime de Gbagbo. Non seulement l’ancien président était toujours terré dans son bunker mais ses partisans parvenaient à gagner du terrain et à attaquer le quartier général de Ouattara.
La décision d’accélérer le mouvement
Dimanche, les forces de l’ONU (Onuci) et les hélicoptères de la force française Licorne pilonnent les armes lourdes autour de la résidence de Laurent Gbagbo, pour préparer l’assaut des FRCI.
Lundi matin, les hélicoptères français tirent encore des missiles vers la résidence.
«L’Onuci a été en tête, ce sont les hélicoptères de l’Onuci qui ont commencé à bombarder et la France, comme on nous l’a demandé, est venue en soutien», a souligné hier le ministre des Affaires étrangères, Alain Juppé.
Officiellement ensuite, Licorne s’en tient à son rôle de «soutien» des forces de l’Onuci.
Selon l’état-major, les soldats français sont «redéployés sur les axes stratégiques» pour empêcher les pro-Gbagbo de «commettre des exactions» dans les quartiers populaires d’Abidjan. Un redéploiement notamment de 200 à 250 hommes pour contrôler le boulevard de France, «à environ 1,5 km de la résidence».
L’état-major martèle également qu’«à aucun moment les forces françaises n’ont pénétré dans les jardins ou la résidence» de Laurent Gbagbo.
Ce qui n’exclut pas que les soldats français aient percé les dernières défenses des pro-Gbagbo pour permettre aux forces de Ouattara de pénétrer dans la résidence en milieu de journée.
Paris dément également toute implication des «forces spéciales» françaises dans l’opération. La règle est toutefois d’en dire le moins possible sur les actions auxquelles participent ces troupes d’élite entraînées pour des missions compliquées, ce qui limite la portée du démenti de l’état-major.
«A aucun moment les forces françaises n’ont pénétré» dans le bâtiment, elles n’étaient là qu’«en soutien de l’opération», a affirmé l’état-major français. C’est une opération «entre Ivoiriens», a insisté Gérard Longuet, le ministre de la Défense.
«Aucune ambiguïté» sur la responsabilité française
Mais cette version ne convainc pas tout le monde. Pour Guy Labertit, ancien délégué du PS à l’Afrique et bon connaisseur du dossier, il n’y a «aucune ambiguïté» sur le fait que «ce sont bien des chars français qui sont entrés dans la résidence». «Le général qui a remis son arme en signe de reddition l’a remise à un Français de la force Licorne», a-t-il précisé sur BFM TV. Même son de cloche pour Roland Dumas, l’avocat de Laurent Gbagbo. Le PCF, lui, a des «doutes» sur la version française. Le PS prend sobrement «acte» des déclarations des autorités françaises. Henri Guaino a mis en cause hier matin la «propagande» des «réseaux» de Laurent Gbagbo en France, qui selon lui «sont très présents au Parti socialiste».
Savoir qui a mis la main sur Gbagbo est évidemment essentiel. Pour le clan du président sortant, affirmer que ce dernier a été arrêté par la France vise à entacher légitimité d’«ADO», qui serait un «président installé par la France». Toussaint Alain, lui, parle de «coup d’Etat» perpétré par Ouattara, «avec l’aide de la France». Bref, les accusations d’ingérence française et de retour de la Françafrique se multiplient.
Et si la France a arrêté Gbagbo, elle contreviendrait ainsi au mandat de l’ONU sous lequel agissaient les soldats de la force Licorne et qui visait à «protéger les civils » et à «prévenir l’usage d’armes lourdes». «Je ne sais pas si elle [la version française] est convaincante mais elle est exacte», a encore affirmé Henri Guaino hier matin sur BFM TV. Reste que sans l’action des forces françaises, notamment avec les tirs sur le bunker de Gbagbo, les forces d’Alassane Ouattara n’auraient jamais pas pu arrêter ce dernier. Pour mettre un terme à la polémique, Gérard Longuet a promis hier matin sur Europe 1 «que toutes les images seront inéluctablement disponibles, tout est filmé en permanence», a-t-il assuré, réaffirmant qu’«aucun soldat français n’est entré dans la résidence présidentielle» de Laurent Gbagbo.


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Source: LeQuotidien: lequotidien-tn.com