Université et travail : deux mondes parallèles





Par Asma HACHAICHI (*)
Il va sans dire que la révolution tunisienne a été renforcée par les manifestations de jeunes diplômés au chômage. Les premiers signes du fed-up ont justement pris naissance suite à un manque de débouchés qui a trop duré. La Tunisie connaît, de fait, une crise d’employabilité. Les premiers touchés sont des diplômés d’universités.
Mais il est à préciser, par ailleurs, que les compétences et le savoir des étudiants ne correspondent plus aux besoins des entreprises. Cela renforce la barrière entre le monde du travail et le monde de l’enseignement. Nous évoluons dans un contexte de globalisation. Les entreprises du monde entier déploient de grands efforts pour s’adapter à un environnement de plus en plus complexe et concurrentiel afin de garantir leur pérennité. Et dans ce même contexte de perfectionnement, les entreprises font en sorte de se doter des meilleurs talents afin de rester dans la course.
Toutefois, pour ce qui est des entreprises tunisiennes, elles connaissent des difficultés à trouver du personnel qualifié. Ceci est d’abord dû aux défaillances du système universitaire tunisien ! En effet, les jeunes diplômés ne connaissent rien de la vie professionnelle, que sur le plan purement théorique. Leurs programmes de cours ne se basent que sur des théories et les réflexions abstraites. En outre, les stages de formation demeurent insuffisants et ne sont pas équitablement répartis.
L’université tunisienne a perdu de son sérieux. Classes surchargées (100 étudiants pour un mastère de recherche gestion), programmes constamment modifiés, des professeurs indifférents… les étudiants ont perdu la flamme d’apprendre. Ils vont en classe totalement démotivés d’autant plus qu’ils savent que c’est le chômage qui les attend au bout du cursus! Egalement, dans les universités tunisiennes, on ne peut prétendre parler d’apprentissage. Le programme ressemble plutôt à un bourrage de crâne. En un seul semestre, nous avons droit à 10 matières dont moins de la moitié sont des matières fondamentales. Cela rend les acquis des étudiants totalement brouillés. Plus aucun étudiant ne prétend à une véritable spécialité.
Dans un autre volet, l’on ne peut pas négliger un autre problème qui demeure de taille. De fait, la corruption a également «souillé» l’enseignement supérieur à l’instar de plusieurs autres domaines en Tunisie. Plusieurs diplômes sont donnés contre des pots-de-vin. L’exemple du C.A.P.E.S demeure le plus figuratif de la corruption. Dès lors, certains enseignants sont recrutés seulement parce qu’ils sont pistonnés par des personnes influentes.
Tous ces problèmes regroupés ont eu des répercussions graves sur la formation des diplômés de l’enseignement supérieur. Ces derniers connaissent ainsi des difficultés lorsqu’ils recherchent un emploi. D’autant plus que les entreprises sont continuellement à la recherche de candidats ayant eu une expérience professionnelle auparavant. Ce qui ne peut être le cas des jeunes diplômés ! De même, la vie professionnelle est en perpétuelle évolution. Les emplois changent constamment. De nouveaux métiers naissent et d’autres disparaissent. Ce qui rend les universités tunisiennes très en retard! Elles forment des diplômés dont le marché du travail ne veut plus. En outre, les enseignants universitaires eux-mêmes n’ont qu’une expérience professionnelle réduite dans les entreprises. Ils ne peuvent donc pas donner aux étudiants une idée précise sur le marché du travail. Les jeunes diplômés tunisiens ont par conséquent du mal à s’intégrer dans le monde du travail. Ils sont fréquemment confrontés aux rejets des employeurs à cause de leur manque d’expérience ou encore à cause de leur formation totalement incompatible avec les besoins des entreprises.
Le programme de formation universitaire n’est jamais révisé à temps pour que la formation des étudiants réponde aux réels besoins des entreprises. Les changements opérés par le ministère de l’Enseignement supérieur pour améliorer le système universitaire tunisien n’ont pas donné de résultats conséquents. Bien au contraire certaines décisions ont été néfastes quant à la formation et au niveau des étudiants. Le fait de réduire le cursus universitaire, à titre d’exemple, a affaiblit le niveau de l’étudiant déjà pas assez robuste. Dès lors, les étudiants ont aujourd’hui un pauvre background. L’Etat serait-il désarmé face à cette situation? Pourtant, il s’agit d’un véritable problème qui nécessite des solutions approfondies. Le fossé entre la formation universitaire et la vie professionnelle se creuse davantage. Et tant que l’on n’a pas révisé le système de formation universitaire et de l’employabilité des diplômés, on ne sortira pas de l’auberge. Parce que ces deux mondes, censés être très liés et complémentaires, sont actuellement deux mondes parallèles. Alors à quand un regard pour nous autres étudiants et jeunes diplômés?
(*) Etudiante en mastère de gestion à l’ISG de Tunis


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Source: LeQuotidien: lequotidien-tn.com