«En attendant Abu Zayd» (Liban) : Le Mutazilite du Caire





La projection avant-hier soir du moyen-métrage «En attendant Abu Zayd...» au CinémAfricArt a été suivie d’un débat. Une projection qui s’est faite dans le cadre des Journées du documentaire.
Durant la guerre entre l’Iran et l’Irak, l’Ayatollah Khomeini avait lancé une fatwa contre l’écrivain Salman Rushdie. Il a donné cet ordre après la lecture d’un livre qu’il a jugé offensant pour tous les musulmans. Mais la Perse, civilisation plurimillénaire, a connu tout au long de son histoire des penseurs, des théologiens, des mystiques qui ont médité sur la religion musulmane et ses dogmes de manière encore plus osée que l’Indien Rushdie. Au bout du compte, il apparaît clairement que par cet acte politique, Khomeiny a voulu unir tous les Iraniens dans cette guerre d’usure longue et coûteuse en vies humaines qu’ils menaient contre les Irakiens.
Et c’est l’impression que nous laisse ce penseur. Un penseur qui a été au centre d’un calcul politique. Un penseur qui se qualifie avant tout comme théologien libéral, mais qui nous renvoie cette image de n’être ni plus ni moins qu’un bouc émissaire. Un homme qui a publié plusieurs ouvrages dans lesquels il interprète le Coran par une herméneutique humaniste (c’est-à-dire tout simplement une lecture humaniste du coran) et qui a uni certains hommes politiques. Il a uni Hosni Moubarak et quelques frères musulmans et les a tous renforcés malgré lui. Et les deux parties ont fait de cet homme quelqu’un de dangereux avant de le condamner pour apostasie.
Le documentaire est intitulé «En attendant Abu Zayd...» et nous renvoie directement à la pièce de théâtre de Samuel Beckett «En attendant Godot...». La pièce de Samuel Beckett avait fait scandale à sa première représentation parce qu’elle sortait des sentiers battus, ce n’était pas une pièce classique.
C’est un documentaire d’une durée de 82 minutes qui nous présente un homme très courageux qui a osé remettre en question certaines idées préconçues. En effet, cet éminent professeur a médité sur des notions aussi diverses et sensibles que le profane et le sacré. Seulement voilà, de nombreux intellectuels et de nombreuses familles ont adopté dans leurs discussions la doctrine, le mode de pensée mutazilite et rationaliste.
Le seul point positif évoqué dans le film est un sentiment que livre Abu Zayd sur les médias. Pour lui, les médias sont très dangereux pour la simple et unique raison que les gens ne lisent plus. Les gens n’ouvrent plus de livres, ne se documentent plus, ne s’informent plus, ne pensent plus d’eux-mêmes. Et c’est là le plus grand tort fait à la plus belle des religions qu’est l’Islam. Et cet homme a connu l’exil et n’a malheureusement pas assisté de son vivant à la chute de Moubarak.

M. WALEY EDDINE


Articles Similaires:



Source: LeQuotidien: lequotidien-tn.com