Ahmed Rahmouni : «Le syndicat des magistrats est fantoche…»





Défenseur coriace de l’indépendance du pouvoir judiciaire et président de l’Association des magistrats tunisiens (AMT), Ahmed Rahmouni estime que le Syndicat des magistrats créé récemment n’émane pas de la volonté de la base.
Un syndicat des magistrats vient d’être créé. A qui profite ce bicéphalisme au niveau de la représentation syndicale de la corporation?
La création de ce syndicat n’émane pas de la volonté de la base. Il constitue, en réalité, une réaction épidermique à la volonté inébranlable affichée par l’Association des Magistrats Tunisiens en matière de lutte contre la corruption, qui gangrène la corporation. Et si l’on se réfère à l’identité des personnes qui sont à l’origine de la création de ce syndicat, on constate qu’ils sont des gens n’ayant aucun rapport avec l’action associative et syndicale. Le véritable initiateur de ce projet est le directeur du Centre des études juridiques et judiciaires qui est une institution rattachée au ministère de la Justice. La majorité des membres du comité constitutif du syndicat exercent également dans ce centre de sinistre réputation. Faut-il rappeler dans ce cadre que le Centre des études juridiques et judiciaires a été la véritable cheville ouvrière et le principal artisan des diverses lois liberticides promulguées sous le règne de Ben Ali.
Le syndicat a quand même déjà obtenu des locaux au niveau du tribunal de première instance et il prépare la tenue de son congrès constitutif?
Le fait d’accorder des locaux à un syndicat non représentatif qui ne compte jusqu’ici que onze affiliés qui sont les membres de son comité constitutif en dit long sur la situation qui prévaut au sein du ministère de la justice. Comment ce ministère se permet-il de mettre des locaux à la disposition d’un syndicat qui n’a même pas tenu son congrès constitutif et qui s’est permis déjà de lancer des mots d’ordre de grève alors que l’Association des magistrats tunisiens n’a accédé à des locaux exigus qu’après une très longue et éprouvante lutte? Cela prouve incontestablement que ce syndicat est une structure fantoche. Il ne fait plus l’ombre d’un doute chez les magistrats que cette structure est soutenue par certains cercles de décision au niveau du ministère et destiné à servir des intérêts occultes. Le timing d’une telle initiative qui coïncide avec le lancement de négociations entre l’AMT et le ministère prouve aussi que le nouveau syndicat est un instrument à travers lequel des magistrats toujours influents au sein du ministère cherchent à faire pression sur l’Association afin qu’elle revoie ses exigences en matière de lutte contre la corruption dans le corps de la magistrature. Le tapage médiatique autour de la création de ce syndicat non représentatif n’est pas également innocent.
L’AMT a finalement annulé la grève générale qui était prévue pour le 7 avril. Vos revendications corporatistes ont-elles été satisfaites?
La décision de l’annulation de la grève générale et de son report à une date ultérieure en cas de nécessité a été prise par le Conseil national de l’AMT suite à une rencontre tenue avec le procureur général de la République, directeur des services juridiques, en tant que représentant du ministre de la Justice. Un accord de principe sur l’implication des magistrats dans le mouvement des magistrats, la proposition des nominations relatives aux fonctions au sein du corps de la magistrature et concernant les vacances a été trouvé au cours de cette réunion.
Qu’en est-il de la participation controversée des magistrats aux élections de l’Assemblée constituante?
La majorité des membres de l’instance supérieure de réalisation des objectifs de la Révolution sont favorables à la présence des magistrats au sein de l’Assemblée constituante à condition que les magistrats qui seront élus n’exercent pas dans les tribunaux tout au long de leur mandat de membres de la Constituante.
Où en sont les préparatifs du prochain congrès extraordinaire de l’AMT?
Nous avons constitué dès le 20 mars une commission chargée de la préparation du congrès extraordinaire. La date de ce congrès devrait être fixée à l’adoption de l’amendement de l’article 13 des statuts lequel article empêche les magistrats exerçant dans les régions intérieures de se présenter aux élections du Bureau exécutif. L’adoption de cet amendement par le Conseil national devrait avoir lieu avant fin avril courant. Place ensuite à l’adoption de l’amendement par l’Assemblée générale et la fixation de la date du congrès.

Propos recueillis par Walid KHEFIFI


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Source: LeQuotidien: lequotidien-tn.com