La rumeur : Elle court, elle court la rumeur…





La rumeur, un phénomène qui a toujours suscité les débats les plus passionnés. En Tunisie, suite à la révolution, il a pris une ampleur démesurée. Quelle en est la finalité? Et qui en est le principal instigateur?
La rumeur semble indissociable de notre quotidien. Elle circule partout, insidieusement.
Depuis la révolution, elle a gagné en consistance, si bien que chaque jour apporte son lot de rumeurs aussi fantaisistes les unes que les autres et l’info de l’instant peut s’avérer de l’intox tout de suite après. Le problème est que la rumeur, une fois propagée, devient difficile à démentir, ou à contenir, vu qu’elle s’enracine dans nos têtes en tant que vérité inamovible. De plus, et lors de ces dernières années, la rumeur a pris plusieurs formes : orale au début, elle devient journalistique, et surtout via internet où elle trouve un terrain pour enfler.
Facebook, l’accusé numéro 1
Les réseaux sociaux, souvent très fréquentés, constituent une aubaine pour répandre la rumeur. Ces outils de communication comportent souvent une panoplie d’événements et d’informations faits de rumeurs et d’intox qui se propagent comme une traînée de poudre entre les internautes. Facebook, comme réseau social de communication et de partage, est devenu un «laboratoire» pour nourrir la rumeur. En Tunisie, on compte plus de 500 mille utilisateurs de Facebook, ce qui donne un large terrain à la désinformation. A ce sujet, nombreux sont les cas à citer: le kidnapping d’une fille, des extrémistes envahissant tel ou tel endroit, des responsables corrompus avec l’ancien régime (l’exemple le plus fréquent ces derniers jours), la rumeur de Amir El Mominin au Sud tunisien, etc. Les branchés sur la toile se trouvent face à des informations erronées, et c’est là que le problème commence. La manière d’interpréter ce qu’on lit sur Facebook et la réaction de l’internaute vis-à-vis de la rumeur, délimiteront notre opinion à ce sujet. Certains ont la capacité de distinguer, d’autres font un aveu d’ignorance et restent pantois, mais la majorité tombent dans le mépris inconsciemment. D’un simple clic, ils partagent l’information sans en vérifier la source et contribuent d’une manière indirecte à la propagation de la rumeur. Par conséquent, elle alimente les débats et les conversations, elle devient parfois le centre d’intérêt des internautes et, petit à petit, elle se mue en une vérité indiscutable. Brassant large, la rumeur envahit la société et met les gens dans tous leurs états. Les réseaux sociaux, à leur tête Facebook, alimentent la désinformation et accélèrent la diffusion de la rumeur à travers l’amplification de cette fausse nouvelle.
Pas de fumée sans feu
Sans l’ombre d’un doute, il y a un dénominateur commun aux rumeurs, c’est que toutes courent, courent sans s’essouffler. A ce stade, on constate une autre particularité propre à ce phénomène : celui qui orchestre la rumeur. Souvent, ce sont un ou plusieurs individus ayant des intérêts personnels derrière la désinformation. La raison en est simple : atteindre un but d’une façon illégale et cela varie d’une rumeur à une autre. Parfois, pour salir l’image d’une star ou d’un responsable, pour semer l’esprit de vengeance et diviser la société en plusieurs clans, faire de la propagande à propos d’un sujet ou d’un événement, susciter l’intérêt des citoyens et attirer leur attention et parfois pour promouvoir un produit de consommation. Ces «marionnettistes» peuvent être un parti politique, une entreprise, un individu et même tout un gouvernement. A titre indicatif, on se souvient de la rumeur disant que la SONEDE a empoisonné les eaux potables après la révolution du 14 janvier. Résultat : les ventes des eaux minérales ont marqué une gigantesque croissance. C’est-à-dire que ce sont les entreprises concernées qui ont profité de la situation pour engranger des gains financiers considérables. D’autre part, l’intox est parfois incontrôlable et la fièvre engendrée au sein de la société s’intensifie d’un jour à l’autre. Et même si les médias ou les autorités concernées interviennent pour apporter un démenti catégorique, cela ne fait que noyer davantage le poisson car cette intervention sera perçue par les citoyens comme de la propagande. La rumeur offre parfois une explication plus simple et plus rassurante d’un tel sujet que celle de l’Etat ou de l’autorité concernée et cela est dû au manque de transparence et de communication entre ces derniers et les citoyens. Les médias contribuent, de leur côté, inconsciemment, à alimenter l’intox quand ils accordent une place de choix à cette fausse nouvelle. Là, les commérages iront bon train et battront à plate couture la présumée argumentation fournie par l’Etat. La rumeur émane d’un caprice personnel, et peut trouver écho auprès d’autres personnes. Autre facteur à noter, ce bruit qui court, «s’enrichit» par des propos tout au long du parcours. C’est l’exemple de transmission du bouche à oreille où la rumeur grossit, puisque ses récepteurs en la diffusant à leur tour, l’embellissent ou l’enlaidissent en lui ajoutant des détails selon leur humeur de l’instant. Quant à l’impact de la rumeur sur le récepteur, il diffère selon le niveau intellectuel de ce dernier.
Un désir machiavélique
Au niveau de la sphère politique, la rumeur est un outil toujours efficace pour transformer une situation alarmante en une autre rassurante. L’intox est utilisée maintenant pour faire circuler des informations fallacieuses et formuler des préjugés à propos des partis rivaux. Après la révolution, même les politiciens mènent leur bataille électorale en échafaudant des rumeurs concernant leurs opposants et cela est souvent payant. Diviser pour mieux régner, tel est leur credo et à travers l’intox, les politiciens font passer un programme, portent aux nues un candidat, encensent une feuille de route… Ce bruit qui court fait boule de neige, car les transmetteurs de la rumeur l’attisent, soit délibérément, soit à leur insu. Et c’est ainsi que les personnes qui ont été à l’origine de cette fausse nouvelle atteignent leur but machiavélique. C’est difficile, en effet, d’identifier celui qui se cache derrière cette intox, son origine et le but recherché. Elle peut être un mensonge inventé, un complot entre personnes et parfois une fausse explication ou interprétation, mais convaincante, d’un phénomène, événement, cause…
La rumeur existe depuis des lustres. Pour des raisons différentes, elle cache toujours un opportuniste qui cherche à profiter des circonstances sans trop se soucier des principes moraux. «La fin justifie les moyens», dit le dicton.


Walid BOUROUIS



Que dit le code pénal ?


En Tunisie, aucun texte juridique ne régit la rumeur. Cependant, le tribunal de première instance de Tunis a condamné une internaute à huit ans de prison (en 2009) pour avoir rediffusé un message sur la rumeur de kidnapping d’enfants et de trafic d’organes. Elle a été accusée de « trouble à l’ordre public » en vertu de l’article 121 du code pénal :


«Est puni comme s’il avait participé à la rébellion, quiconque l’a provoquée, soit par des discours tenus sur des lieux publics, soit par placards, affiches ou écrits imprimés. Si la rébellion n’a pas eu lieu, le provocateur est puni de l’emprisonnement pendant un an».



L’avis de l’expert : Imed Rgaieg (Psychiatre) : «L’exceptionnel crée la rumeur»


«La rumeur est due au manque et à l’absence de l’information concernant un sujet. C’est ainsi que les rumeurs se propagent au sein de la société. Quand les gens ne trouvent pas le moyen d’éclaircir ou d’expliquer un événement, la rumeur naît. En Tunisie, et après la révolution, on a remarqué la propagation de plusieurs rumeurs et intox. La situation exceptionnelle du pays nécessite des informations concrètes et rassurantes pour apaiser la tension des citoyens et les convaincre d’une façon objective. L’absence des canaux de communication entre citoyens et Etat rend le terrain propice à la rumeur pour qu’elle enfle.


A la faveur du retour au calme progressif, il est grand temps que la rumeur qui, soit dit en passant, ne disparaîtra jamais, reçoive un bon coup de bémol. Et pour ce, toutes les composantes de la société sont appelées à faire preuve de responsabilité et d’un sens aigu de civisme, de respect d’autrui et de la sacro-sainte information».



W.B.




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Source: LeQuotidien: lequotidien-tn.com