Théâtre national de Tunis : La mémoire qui fuit…





Contre le néant, quelle place la mémoire peut-elle occuper? Peut-on se souvenir de tout? Peut-on vivre sans mémoire? Tant de questions auxquelles la dramaturge et metteur en scène Meriam Bousselmi a essayé de répondre dans «Mémoire en retraite».


 Mercredi. 10h00 du matin. Deux comédiens sont sur la scène de la salle «Le 4ème art», affinant avec passion et patience une nouvelle création du Théâtre national de Tunis… Slah M’sadek et Kabil Sayari, deux artistes qui tentaient de rattraper une mé­moire en fuite. Ecrite et mise en scène par Meriam Bousselmi, «Mémoire en retraite» s’interroge sur le jour où tout se perd, où on se réveille avec des blancs, des troubles de mémoire pour se retrouver sans passé, sans souvenirs…
Juriste de formation, elle s’est laissé en­traîner par une passion fougueuse de l’art. Multipliant les expériences, Meriam Bous­selmi a déjà à son actif «Un brouillon de vie», publié chez Sud Editions, «Un brouillon de spectacle autour d’un brouillon de vie», «Zapping - sous contrôle», jouée à maintes reprises sur différentes scènes, «Meshy on-line», un projet théâtral monté et réalisé au Liban… Et pourtant, elle n’a que vingt-sept printemps. Aujourd’hui, et après avoir donné en mars dernier l’avant-première, la jeune artiste se prépare pour un cycle de représentations à partir de ce soir et jusqu’au samedi, toujours à la salle «Le 4ème art», relevant du Théâtre national; cycle qui est avec un peu de retard pour deux raisons majeures. Primo, le déclenchement de la Révolution tunisienne a fait que les espaces culturels ont été fermés pour un bon bout de temps. Secundo, alors que l’équipe de la pièce se préparait pour une représentation à l’occasion de la Journée mondiale de théâtre, le 27 mars, une mauvaise coordi­nation entre le ministère de la Culture et de la sauvegarde du patrimoine, spécialement la direction du théâtre, et le comité directeur du Théâtre national de Tunis a été derrière une annulation sans préavis.
Et c’est suite à une rencontre avec le ministre de la Culture que le malentendu a été dissipé. Juste une parenthèse pour sauvegarder une mémoire en péril, sujet de prédilection pour cette jeune artiste qui cherche, à sa façon, à échapper aux circuits verrouillés et à la culture de l’événementiel.
Courts-circuits
Menant un projet au Liban sur la mémoire du peuple, Meriam Bousselmi a jugé important, voire indispensable de se lancer dans un autre projet, axé essentiellement sur la mé­moire de l’individu. «La mémoire est pour un peuple qu’est l’histoire pour un livre. Pour «Mémoire en retraite», j’ai voulu, sur le plan esthétique, suivre la poétique d’Aristote, monter différemment cette oeuvre…», nous a-t-elle expliqué avant d’ajouter sur un ton triste qu’il a été difficile, même très dur, pour elle de voir au quotidien sa grand-mère souf­frant d’Alzheimer, incapable de se rappeler même les grands événements familiaux, les personnes qui lui sont très proches. Et c’était pour elle le bon prétexte pour commencer un travail fondamental sur la mémoire, en racon­tant cette histoire familiale et en tentant de décrypter la relation père-fils; relation conflic­tuelle où le père, avocat de son état, ne fait que critiquer son fils artiste, passionné de poésie et rêveur d’un monde meilleur. Jour après jour, le père a commencé à perdre des fragments de son passé; les repères se dé­robent, les souvenirs s’enfuient… Ce ne sont pas des troubles de la mémoire, mais c’est la maladie d’Alzheimer qui détruit tout… Alors, le fils se trouve dans l’obligation de se glisser dans la peau du père pour l’aider à se refaire une mémoire, pour recréer des références… A travers ces interrogations, cette confronta­tion de l’oubli et de la douleur se tisse la pièce, le jeu de deux comédiens…
«Mémoire en retraite», une pièce signée doublement par Meriam Bousselmi, réunissant Slah M’sadek et Kabil Sayari, et qui sera, à l’affiche, à partir de ce soir et jusqu’au samedi, de la salle le «4ème art», à partir de 19h00.


Imen ABDERRAHMANI




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Source: LeQuotidien: lequotidien-tn.com