Banques : Finance islamique : Une grande opportunité pour la Tunisie nouvelle





Des experts en finance ont plaidé pour le développement de la finance islamique dont l’image a été beaucoup ternie par les passe-droits accordés à Sakhr El Materi. Et pour cause.
Depuis l’éclatement de la crise financière internationale, la finance islamique est présentée comme une alternative crédible ou, du moins, comme un complément nécessaire à la finance conventionnelle. A l’heure où l’on ne jure que par la moralisation et la refonte du système financier international, la finance respectueuse de la Charia ( la loi islamique) brandit ses principes comme autant de vaccins préventifs : interdiction de l’intérêt (riba), de la spéculation (gharar), de l’incertitude des ventes (mayssir) et du financement d’activités illicites (haram) telles que l’alcool, les jeux de hasard, l’armement… Autre argument en béton : les produits financiers « halal » sont obligatoirement adossés à des actifs tangibles, ce qui écarte de facto l’apparition de bulles spéculatives gonflées à outrance par des titres titrisés et des produits dérivés n’ayant aucune existence dans la sphère économique réelle. Conséquence : après des taux de croissance à deux chiffres entre 2007 et 2009, cette finance éthique a vu ses actifs augmenter de 8,9% en 2010 pour s’établir à 895 milliards de dollars. Bien qu’elle ait été membre fondateur de la Banque islamique de développement (BID) en 1973, la Tunisie ne compte jusqu’ici que deux banques «charia compatible » : Best-Bank, créée en 1983 sous statut offshore (elle ne s’adresse qu’aux institutionnels locaux et aux investisseurs du Golfe), et la banque Zitouna, fondée en 2010 par Sakhr El Materi, gendre de l’ex-président Zine El Abidine Ben Ali.
Mauvaise image, mais…
Outre ce retard en matière de lancement sur le marché tunisien, la finance islamique risque d’être freinée par la sulfureuse réputation de son incitateur, actuellement en état de fuite et recherché par la justice pour corruption et délit d’initié. «La finance halal» est un secteur qui était un monopole de Sakher El-Materi pendant plusieurs années. Conséquence : son image est aujourd’hui très ternie par les passe-droits accordés à cet homme. Ce serait, pourtant, une grave erreur que la Tunisie se détourne de cette activité», tranche Zoubeir Ben Terdeyet, fondateur du cabinet de conseil spécialisé Isla Invest Consulting et organisateur de la 4ème édition du Forum Africain de la Finance Islamique qui se tient depuis mercredi à Tunis. Et d’ajouter: «Il est temps que la finance islamique regagne la confiance des Tunisiens. L’actionnariat de la banque Zitouna a été changé. Laissons-la désormais travailler car elle représente un acquis national».
M. Ben Terdeyet s’est également inquiété de l’absence de représentants du gouvernement tunisien et de la Banque centrale de Tunisie (BCT) au forum qu’il organise pour la première fois en Tunisie, craignant que cette politique de la chaise vide ne traduise un manque d’intérêt pour le développement du secteur de la finance islamique.
Une solution  pour le chômage
Lors du forum marqué par la participation d’une centaine de représentants d’institutions financières islamiques venus d’Europe et d’Afrique, les experts ont unanimement plaidé pour le développement de la finance halal en Tunisie. «La finance islamique représente une opportunité pour la Tunisie nouvelle dans la mesure où elle offre des modes de financements innovants. Le secteur est d’ailleurs en plein boom dans le monde. Il réalise des taux de croissance de 15 à 20% par an en moyenne à l’échelle internationale et aucun cas de faillite d’une banque islamique n’a été enregistré dans le sillage de la crise financière internationale», précise Nabil Ghallab, universitaire et consultant international en finance islamique.
De son côté, Souhaïl Tayeb, docteur en droit financier et fondateur de l’Association internationale des experts financiers et bancaires tunisiens (AIEFBT), souligne que les produits financiers islamiques tels que la «moucharaka» et la «Moudharaba» et les «sukuk» peuvent contribuer à la relance de l’entrepreneuriat en Tunisie. «La recherche de financements halal pour le lancement de microprojets est omniprésente auprès des quelque 700.000 chômeurs tunisiens. La Tunisie qui souffre d’un manque d’infrastructure pourrait également lancer un sukuk souverain qui a l’avantage de ne pas être comptabilisé dans le calcul de la dette publique», indique-t-il.
Walid KHEFIFI


Les principaux produits
- «Moucharaka»: opération de capital investissement consistant en une prise de participation d’un établissement de crédit dans le capital d’une société existante ou en création en vue de réaliser un profit. Différence fondamentale par rapport à la prise de participation classique, les risques et les profits sont partagés entre les deux parties selon un prorata prédéterminé. L’activité du projet ou opération objet du contrat doit être licite.
- «Mourabaha» : la banque acquiert un bien meuble ou immeuble pour un client en vue de le lui revendre moyennant une marge bénéficiaire fixée d’avance. Elle est généralement utilisée pour le financement de l’immobilier, de véhicules, d’équipements à usage professionnel ou privé et des besoins d’exploitation (stocks, matières premières, produits intermédiaires….)
- «Ijara»: la banque met un bien meuble ou immeuble (à l’exclusion des brevets d’invention, des droits d’auteurs, des services professionnels, des droits d’exportation de ressources naturelles) à la disposition d’un client à titre locatif simple ou sous forme d’un engagement ferme du locataire d’acquérir le bien après une période n’excédant pas 48 mois.
- «Sukuk»: Il s’agit d’un équivalent à l’obligation classique qui est illicite en islam. C’est un produit financier adossé à un actif tangible et à échéance fixe qui confère un droit de créance à son propriétaire. Celui-ci reçoit une part du profit attaché au rendement de l’actif sous-jacent qui doit être obligatoirement licite.




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Source: LeQuotidien: lequotidien-tn.com