Les jeunes et facebook : Comment combattre «l’addiction légitimée»?





Le web a certes servi la série d’avatars, mais n’a pas causé, à lui seul, la Révolution tunisienne. Toutefois, Internet et facebook se «légitiment». Les jeunes en «consomment» et sans modération.
A présent, nous avons parcouru un bout de chemin depuis la révolution. Et Facebook se fait encore considérer comme un allié révolutionnaire à toute épreuve… Les jeunes internautes jouissent d’une sorte de «laissez-passer» signé et agréé par les parents qui leur permettent d’être omniprésents sur le réseau. Après tout, ce dernier n’a-t-il pas contribué à la liberté de la Tunisie toute entière ?! Et les géniteurs, autrefois parcimonieux quant à l’usage massif du Net Facebook, se retrouvent sans une bonne cause à défendre devant leur descendance! Par moments, jeunes et moins jeunes ont loué Facebook, ils en ont même fait un véritable culte.
? présent, Facebook se légitime et les parents n’ont pas su placer un mot ! L’alibi des jeunes «accros de la toile» demeure aujourd’hui encore la quête de l’info. Pourtant, on sait tous, qu’un ado ne passera sûrement pas des heures entières à assouvir sa soif de news! Les jeunes restent scotchés devant leurs postes. Au grand dam des parents, ils ont une bonne excuse! Leurs devoirs sont bâclés, ils ne communiquent plus avec les leurs. Ils sont physiquement présents à la maison, mais leur esprit est ailleurs…
Le danger !
Ce réseau héberge tous et n’importe qui ! Et après avoir marqué le coup durant la révolution, les «facebookeurs» sont considérés tous et à tort, comme des amis. Du coup, les personnes qui se faisaient refuser parce qu’on les soupçonnait, ou parce qu’on ne les connaissait pas, se font aujourd’hui accepter sans trop de chichi! Les jeunes qui ont le plus d’amis possible, sont aujourd’hui les mieux «cotés»! Du coup, nos enfants baissent la garde. Ils acceptent un parfait inconnu, rien que parce qu’il pourrait détenir un scoop, par ces temps de quête de l’info !
Pourtant si Facebook a été le support de la révolution tunisienne, il n’a jamais été connu pour son respect de la vie privée ! Les réseaux sociaux ont certes favorisé la volonté de libération des Tunisiens, mais c’est surtout le sang des martyrs qui a fait sortir tous les Tunisiens de leurs gonds. C’est la volonté du peuple qui été le nerf battant de la liberté et du regain des droits dans la révolution tunisienne! Mais que faire devant ces jeunes qui restent scotchés devant leurs écrans de la journée ? Saurons-nous les dissuader, saurons-nous argumenter ?
Mme Eya Nasri, psychologue, nous explique: «Lorsque la première étincelle de la révolution a jailli, l’information se faisait vraiment pauvre. On n’avait droit qu’à un seul son de cloche : Celui du message descendant. La voix du peuple ne se faisait donc pas entendre! Puis vint le rôle de Facebook… Et de jeunes ordinaires se transforment en «hommes de médias»! Ces internautes ont mené une sorte de «cyber contre-offensive» en filmant et publiant. Les amis partageaient et le mouvement grandissait. C’est ainsi que Facebook est devenu la première source fiable d’informations.
Toutefois, si je dois décortiquer les choses d’un point de vue psychologique, je dois dire que les jeunes qui se sont montrés courageux et qui se sont révoltés contre l’ancien régime, n’ont fait qu’écouter la révolte déjà existante en eux et qui n’attendait que de s’exprimer. L’on sait tous que l’adolescence est l’âge typique de la rébellion, de la révolte, de l’aventure et des risques. Ce sont les seuls vraies motivations des jeunes. Ils ont mené la bataille sans vraiment trop de conscience ! Et Facebook était leur moyen de s’exprimer. Facebook a sûrement joué un rôle complémentaire pour «déloger» Ben Ali à traves un grand pan de la population tunisienne qui est déjà présent sur le réseau depuis des années. Internet a influencé et orchestré le mouvement de l’opposition. Et c’est sur Facebook que tout cet honorable beau monde du 14 janvier s’était donné rendez-vous. La bonne circulation de l’information sur ce réseau social a rendu possible l’appel à la mobilisation générale. Facebook a été un moyen pour communiquer le mouvement. Mais Facebook mériterait-il de se placer sur un trône pour autant? Parce que croire que c’est le Web qui a fait partir Ben Ali serait à la limite «simpliste»! Aujourd’hui, les jeunes Internautes, blogueurs et Facebookeurs sont perçus comme les leaders du mouvement! Ce n’est pas certes pas totalement faux ! Ils ont bien titillé les cervelles engourdis et suscité les esprits, à refonctionner. Mais ceci, n’est aucunement une excuse pour que les parents agissent de manière permissive ! Plusieurs parents ne savent pas ce qui se passe sur le Web, certains ne savent même pas utiliser Facebook! Ceci rend la tâche encore plus difficile. Parce qu’ils perdent totalement le contrôle. Les jeunes peuvent vraiment être en danger sur le réseau social.
Et les jeunes n’ont pas encore atteint la maturité qu’il faut pour savoir se fixer des limites ! Ce qu’il faut faire? Je pense que les premiers concernés sont les parents, mais aussi les hommes de médias. Si les journalistes ne laissent pas de place au vide médiatique, les jeunes n’auront plus de bonne excuse de chercher l’information sur Facebook. Il faut que les médias regagnent la confiance du peuple qui est en quête d’information pour qu’il n’erre pas dans les couloirs de la manipulation médiatique…
Ceci dit, les parents doivent reprendre le contrôle de la situation et le plus vite possible ! Il ne faut pas oublier que l’on doit toujours garder l’autorité parentale ! Si aujourd’hui les jeunes ont la permission de rester autant qu’ils le veulent sur le Net, demain, ils ne se plieront plus jamais aux ordres des parents. Il faut d’abord commencer par le dialogue. Leur expliquer que le Net est à consommer avec modération, il faut leur expliquer les dangers mais avec un ton explicatif. Après leur avoir expliqué, on doit leur dire que les parents ont décidé de réduire leurs heures de connexion. Pour ce faire, il suffit tout simplement de confisquer la clé ou le fil de connexion ! Il ne faut pas avoir peur de réimposer son autorité. C’est un rôle parental que de protéger les enfants ! Il est également utile de leur expliquer le danger d’étaler leur vie privée. On voit maintenant des jeunes raconter en détails leurs intimités, publier des photos et vidéos personnelles, avouer qu’ils sont en couple avec X ou Y au vu et au su de tous! Il faut leur expliquer les conséquences de tels actes à long terme. Il est donc vraiment conseillé de contrôler leurs publications. Les parents doivent protéger leurs enfants. Il vaut mieux qu’ils se fassent passer pour des «dictateurs» pour pouvoir assumer pleinement leur rôle parental, que de laisser leurs enfants tomber au fond d’un gouffre».


Abir CHEMLI




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Source: LeQuotidien: lequotidien-tn.com