Gilbert Naccache : «La Révolution m’a donné un avenir à 72 ans»





Figure de proue de l’opposition politique sous Bourguiba et Ben Ali, Papy, comme ses proches se plaisent à l’appeler, incarne la portée citoyenne de la lutte démocratique en Tunisie.
Rien ne prédestinait cet ingénieur agronome, diplômé de l’Institut national agronomique de Paris au début des années 1960, à un tel parcours dans la vie avec, notamment, un séjour carcéral de 1968 à 1979 (avec une coupure de 1970 à 1972 passée en résidence surveillée).
Il est clair que ses convictions de justice et d’équité, partagées avec ses amis de l’époque, avaient eu un impact évident sur la destinée de Gilbert et sont à l’origine de cette fougue révolutionnaire toujours renouvelée. Ne nous a-t-il pas récemment déclaré que « la révolution tunisienne m’a donné un avenir.. à 72 ans ! ». C’est dire que ces principes constituent encore l’élixir de sa vie.
Pourtant, ce juif tunisien, né au Passage à Tunis en 1939, a occupé pendant quelques années le poste d’ingénieur agronome au ministère de l’Agriculture en Tunisie et aurait pu postuler à une grande carrière dans cette Tunisie qui venait d’obtenir son indépendance. Mais Gilbert avait la tête ailleurs.
« C’est surtout les scènes politiques que j’ai le plus fréquentées en France en cette période de guerre d’Algérie. D’ailleurs, c’était mon objectif principal derrière cette recherche du départ, surtout qu’il y avait une grande effervescence », nous a-t-il expliqué, en mémoire de ce séjour parisien.
Témoin de l’histoire
Ce militant convaincu des idéaux de la révolution et ayant payé d’une partie de sa vie pour sa réalisation, se montre très humble quant à son éventuelle contribution à l’édification de la nouvelle Tunisie. « Maintenant que la Révolution tunisienne a ouvert le champ politique à toutes les participations, je me propose d’être témoin de l’histoire politique. Je me propose d’accompagner les jeunes plutôt que de les guider. Ils n’ont pas besoin de guide. Je fais confiance à ce peuple. Ce que nous souhaitons dire aux jeunes révolutionnaires, c’est que nous croyons aux richesses qui sont en eux et que nous aimerions les découvrir et les faire découvrir aux autres, aussi bien pour enrichir la révolution que pour nous enrichir, nous-même», a-t-il notamment déclaré.
En écoutant Gilbert Naccache, j’emprunte l’interrogation de M. Larbi Chouikha sur une nouvelle lecture de notre histoire : «Pourquoi ne pas soumettre une suggestion à nos élites dirigeantes qui s’étonnent du désintérêt de nos jeunes pour l’histoire nationale et pour la chose publique? Que le livre de Papy «Dis qu’as-tu fait de ta jeunesse. Itinéraire d’un opposant au régime de Bourguiba. Suivi de récits de prison» fasse une entrée remarquée dans les établissements d’enseignement pour devenir un manuel scolaire de référence ! Ainsi, bon nombre de Tunisiens découvriront, dès leur jeune âge, que l’histoire de leur pays ne se conjugue pas au singulier, qu’elle est l’expression d’une pluralité de projets, d’une diversité de parcours, d’appartenances confessionnelles multiples, de visions différentes, voire opposées …
Mourad SELLAMI


Bio express
Né à Tunis en 1939; diplômé de l’Institut national d’agronomie à Paris; Son engagement poli­tique au sein du groupe Pers­pectives vaut au militant Gilbert Naccache d’être arrêté en mars 1968 pour n’être libéré que onze ans plus tard. En prison, il écrit clandestinement «Cristal » (ainsi intitulé à cause du papier des paquets de cigarettes Cristal sur lequel il écrit).
Il a également publié « Le ciel est par-dessus le toit » (édi­tions du Cerf Paris) et « Dis qu’as-tu fait de ta jeunesse. Iti­néraire d’un opposant au régime de Bourguiba. Suivi de récits de prison » (éditions du Cerf-Paris/Mots passants-Tunis)


Citoyen tunisien à part entière
Un ton de contestation a caractérisé la réponse de Gilbert Naccache parlant des dernières propositions de Netanyahu pour le retour en Israël des juifs tunisiens : « Ceux qui sont encore là, et j’en fais partie, considèrent que la Tunisie est leur patrie », a-t-il répliqué. J’ai toutefois ressenti un certain regret d’avoir posé cette question à ce militant qui a vécu une dizaine d’an­nées dans les geôles du régime de Bourguiba pour avoir réclamé que la Tunisie soit plus dé­mocratique. Il a donné de sa vie plus qu’une bonne majorité de ses concitoyens tunisiens.




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Source: LeQuotidien: lequotidien-tn.com