«Mémoire en retraite» : Au royaume du soleil!





La pièce «Mémoire en retraite», mise en scène par Mariem Bousselmi, a été jouée au 4e Art. Interprétée par Slah Msadek et Kabil Essayari, c’est une œuvre qui vaut largement le détour.
L’histoire de «Mémoire en retraite» est celle de rapports familiaux qui se détériorent à cause de la maladie d’Alzheimer. Des rapports qui se détériorent petit à petit jusqu’à ce que mort s’ensuive. Rarement sujet aussi sensible que la maladie d’Alzheimer n’aura été abordé avec autant de réalisme sur la scène théâtrale. La pièce est mise en scène par Mariem Bousselmi et interprétée par Slah Msadek et Kabil Essayari. Le premier joue le rôle du père, un avocat. Le second joue le fils, un poète raté. Des rapports père-fils normaux, avec les disputes habituelles et ce, jusqu’à ce que la réalité, une maladie appelée Alzheimer ne les rapproche comme jamais.
Et le spectateur suit le calvaire du père et les turpitudes du fils qui dort à même le sol à côté de son père et qui demande à Dieu que soient abrégées leurs souffrances ou de leur donner la force. Par ailleurs, une scène touchante montre le fils en train de donner à boire de l’eau à son père. Deux minutes s’écoulent et le père recrache le tout en disant: «Que c’est épicé, que c’est épicé !» C’est drôle mais surtout tragique ! Tragique parce que la maladie d’Alzheimer efface les souvenirs. Mais cette maladie perturbe aussi les sens à un point tel que l’on confond le chaud et le froid. Et quiconque a eu un membre de sa famille touché par cette maladie, sait de quoi il retourne. Il connaît ce sentiment de voir ce parent proche disparaître tout en étant présent.
«Mémoire en retraite» est donc une pièce qui tient essentiellement à son sujet et à l’acteur principal Slah Msadek. L’acteur a su interpréter le personnage de cet avocat touché par la maladie. Il a su lui donner corps. Un corps qui perd équilibre. Un corps qui sombre petit à petit dans la plus totale léthargie. Et c’est son fils, l’acteur Kabil Essayari qui en souffre le plus. Il tient bon, soutient son père dans cette difficile épreuve pour finalement le laisser partir. Et c’est là que le fils devient véritablement responsable, qu’il devient véritablement un homme.
La mise en scène de cette scène est maîtrisée. Une bonne direction d’acteurs, des dialogues justes. Un décor épuré et simpliste qui tient à deux tabourets et une table et qui met donc les acteurs en valeur. Une lumière bleue verte à la teinte dérangeante, comme le sujet de la pièce. Mais par contre la musique choisie laisse malheureusement à désirer. L’on sent que quelque part derrière le rideau, une personne a allumé la chaîne stéréo et inséré un CD de musique. Et une musique de film américain (le film «Troie») en guise de prologue. Cette pièce prouve que le théâtre tunisien peut donner de belles œuvres .


M. WALEY EDDINE




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Source: LeQuotidien: lequotidien-tn.com