Sidi Bouzid : Fédia Hamdi acquittée





Fédia Hamdi, l’Agent municipal qui a giflé, un certain 17 décembre 2010, Mohamed Bouazizi a été acquittée, hier, après quatre mois de détention, et un procès qui a retenu l’attention de l’opinion publique.
De notre envoyée Myriam Ben SaleMm
Dès lors, il fallait patienter jusqu’à ce 17 décembre 2010 pour que les rues et les places publiques à Sidi Bouzid soient envahies encore une fois par la population qui réclamait justice, pas de Fédia Hamdi, mais de tout un régime qui l’a humiliée. Fédia Hamdi est la femme qui a payé de sa propre personne vingt-trois ans d’injustice. Elle est également le bouc émissaire qui doit payer à la place de Ben Ali ses crimes abominables. Après quatre mois de détention, elle a comparu hier devant la justice.
Une gifle et c’est toute une révolution qui va non seulement évincer Ben Ali du pouvoir, mais aussi donner des idées à plus de trois cent cinquante millions d’Arabes pour se soulever contre des régimes au pouvoir depuis la nuit des temps et s’apprêtent à le léguer qui à son fils qui à sa femme. Cette gifle, si gifle y est, a eu lieu en plein centre-ville de Sidi Bouzid un certain 17 décembre 2010. C’est cette même gifle qui a été hier au cœur des débats dans la salle principale du tribunal de première instance de Sidi Bouzid.
Et si le bourreau était la victime?
Le seul sentiment qu’on puisse avoir alors en suivant attentivement l’audience est que ce procès est une page de trop dans l’histoire de la jeune révolution tunisienne. Car, magistrats, avocats comme public n’avaient qu’un seul souhait, à savoir si seulement cet incident n’avait jamais eu lieu. On aurait aimé voir cette révolution éclater pour des raisons beaucoup plus légitimes. Alors, cette histoire de gifle, tout le monde veut l’oublier et tourner la page. Est-ce l’avis de la justice?…
Bizarrement dans la salle d’audience, il n’y avait personne de la famille de Mohamed Bouazizi et encore moins des hommes politiques ou des militants. Même pas des Kasbistes, voire des membres du haut comité de la protection de la révolution
On dirait que Sidi Bouzid a fait la révolution, mais sans plus. La bagarre, et encore si bagarre il y eut, c’est l’affaire de Fédia et de Bouazizi. Et comme Bouazizi est mort, donc, c’est l’affaire de Fédia. Fédia est un agent municipal qui, depuis quatre mois en prison, clame son innocence sans que personne ne la croie. Sauf, peut-être, son avocate Me Basma Nasri qui la défend aujourd’hui dans cette affaire d’échange de coups et blessures.
Coups et blessures
Fédia Hamdi est la principale accusée. Elle est soupçonnée de coups et blessures. La victime est le célèbre Mohamed Bouazizi. Selon le code pénal, elle est passible d’une peine allant d’une amende jusqu’à cinq ans de prison. Mais, le fait que Me Basma Nasri accepte de la défendre dans cette affaire alors que d’autres avocats ont refusé de le faire est déjà un signe de justice.
Toujours est-il que le chef d’inculpation retenu par le ministère public a fait l’objet d’une longue et minutieuse enquête. Des témoins ont été entendus. Six ont plaidé la cause de Fédia mais deux autres ont été des témoins à charge, c’est-à-dire contre elle.
Pourtant, Me Basma ne désespère pas… Elle a en effet obtenu que le procès de Fédia soit fixé dans le temps et c’était déjà fait. En plus, lui assurer un procès équitable loin de toute tentative de lynchage public.
Le procès
L’audience a commencé aux alentours de 9 heures. Après avoir appelé à la barre l’accusée, le juge a rendu public le texte de l’accusation. On a su alors que Fédia Hamdi est soupçonnée d’avoir agressé autrui dans l’exercice de ses fonctions. Autrui n’est autre que Mohamed Bouazizi, le marchand ambulant qui s’est immolé par le feu un certain 17 décembre 2010. Il a rendu l’âme deux semaines plus tard et c’était suffisant pour que la révolution eût lieu.
Toujours est-il que les avocats de la défense dirigés par Me Basma Nasri ont rejeté dans leurs plaidoiries les charges retenues contre leur cliente. Conjointement, la partie civile constituée des héritiers de Mohamed Bouazizi s’est désistée.
Finalement, la cour s’est retirée alors que la foule clamait à l’intérieur du hall du tribunal l’innocence de Fédia Hamdi. Le verdict est tombé. Fédia est acquittée. Sidi Bouzid respire...


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Source: LeQuotidien: lequotidien-tn.com