L’Invité du Dimanche/ Chérif Bellamine (Pdt du C.A.) : «La démission collective a prouvé que la famille clubiste me soutient toujours»





Le doyen des présidents des clubs tunisiens ne vit pas des moments heureux ces jours-ci. Son club ne brille pas particulièrement et son entourage ne lui facilite pas la tâche. Chérif Bellamine vient même d’être secoué par des déclarations faites par un ancien président du C.A qui lui ont fait beaucoup de mal et l’ont amené à réagir. Bellamine est-il un homme seul au C.A? Il persiste à affirmer le contraire, estimant qu’il est bien entouré et que son équipe dirigeante n’a pas hésité à lui porter son entier soutien. Dans cette interview, notre «invité du dimanche» revient sur sa carrière de dirigeant, ses moments de bonheur, ses relations avec les «grands» du club et les supporters clubistes. Il avoue même avoir changé de caractère et de comportement à mesure que son âge et son expérience avancent. Est-il encore capable de relever plus de défis? Il l’admet volontairement, affirmant que toute sa vie a été un feuilleton fabuleux de défis qu’il trouve de la joie à affronter. Nous lui cédons la parole… * Votre idylle avec le C.A se poursuit depuis près de trente cinq ans qui en font de vous le doyen des présidents des clubs. Comment vous sentez-vous après ce long marathon et gardez-vous la même envie de continuer et de diriger? - Cela fait plus de quarante ans que je suis là. Je me rappelle encore de mes débuts en tant que responsable des Seniors au cours de la saison (62-63) aux côtés de l’inoubliable Hédi Hammoudia. Cela a coïncidé avec deux finales disputées contre l’E.S.S et l’A.S.M. Depuis, un long parcours a été effectué. A mes débuts, la jeunesse aidant, je me comportais avec beaucoup de passion et d’enthousiasme. Au fur et à mesure que les années passaient, la sagesse gagnait du terrain et imprégnait plus mon comportement. C’est uniquement mon amour pour le C.A, qui n’a pas été ébranlé par les différentes étapes de ce long parcours, qui me pousse encore à continuer et à servir davantage mon club. Je garde la même envie de travailler, mais je tiens à le faire aujourd’hui avec plus de calme et de maturité sans faire des vagues. * Quel bilan dressez-vous de ce long voyage avec le C.A? - Comme tout parcours, il y a des hauts et des bas. J’ai vécu des moments magiques et fabuleux et d’autres beaucoup moins heureux. Dans la vie d’un club, il y a des facteurs indépendants de notre volonté qui surgissent et conditionnent l’ambiance tels les résultats, les titres gagnés ou perdus, le manque d’expérience ou même de soutien à certains moments. Globalement, j’estime que le bilan est positif tant que le Club Africain demeure l’un des plus grands clubs du pays et tant que son large public lui voue encore plus d’amour. * Vous avez présidé le C.A à plusieurs reprises. Quel a été votre meilleur mandat? - J’ai toujours éprouvé de la fierté et de l’honneur à présider le C.A pendant tous ces mandats. Cependant, j’avoue que j’ai vécu des moments inoubliables au début des années quatre-vingt-dix lorsque le C.A a remporté quatre titres successifs dont ceux africain et afro-asiatique. Les trois premiers titres ont coïncidé avec le mandat de M. Ridha Azzabi et le dernier, remporté à Riadh, fut sous mon mandat. Durant cette période, en tant que vice-président ou premier responsable du club, on a travaillé dans d’excellentes conditions avec un soutien moral inébranlable de la part de toutes les composantes du C.A, dont notamment MM Azouz Lassram, feu Férid Mokhtar, Larbi Belhaj Salah et d’autres dirigeants. * Y a-t-il un rêve ou un projet que vous avez désiré réaliser sous votre présidence et qui n’a pu être accompli? - Le centre de formation demeure toujours mon rêve le plus cher. Jusqu’à présent, il n’a pas encore pris la forme qu’on souhaite et les avis à son propos divergent. Entre la formule d’un hôtel ou d’un centre purement formateur, on hésite encore. Si on arrive à l’achever, il constituera un centre de rayonnement pour le C.A, aussi bien pour les joueurs, les dirigeants que pour la caisse du club et son potentiel humain. * On continue à dire que vous êtes chanceux et que vos mandats ont coïncidé avec plusieurs titres remportés par le C.A. La chance, y croyez-vous? - Je suis un être humain, et qu’on le veuille ou pas, on finit par croire à la chance. Durant ma carrière de dirigeant, j’ai eu de la chance en voyant le C.A remporter des titres dans toutes les disciplines. On dit que j’ai toujours laissé mes traces, mais je dois préciser que la chance ne sourit qu’aux plus audacieux. Il faut avant tout travailler dur avant de laisser la place à la chance et je l’ai toujours fait. Toutefois, il devient de plus en plus difficile de réussir de nos jours, et pour y parvenir, il faut assurer une belle symbiose entre les différentes composantes du club, à savoir les dirigeants, les joueurs et le public. * A propos du public, que pensez-vous de celui du C.A et arrive-t-il à… vous faire peur? - Je peux dire que le public clubiste est constitué d’une grosse majorité silencieuse qui se contente d’assister aux matches et de supporter leur club et d’une autre partie, beaucoup moins nombreuse, qui est plus proche de la vie du club et qui est plus influençable selon l’état de santé du C.A. Pour revenir à votre question, je n’hésite pas à exprimer ma fierté de voir mon club bénéficier de l’apport d’un tel public. Il ne m’a jamais fait peur. Au contraire, il me rassure et m’incite à travailler davantage pour mériter sa confiance. J’ai grandi au sein de ce public et j’en fais partie. Eternellement. * On vous reproche d’avoir un caractère froid et trop sérieux avec les joueurs ou les supporters. L’admettez-vous? - Il est vrai que j’ai changé. Aujourd’hui, à soixante-quatre ans, je me comporte avec plus de maturité, de responsabilité et de réserve. A mon poste, je dois avoir un peu de recul pour gérer les affaires du club avec le maximum de sagesse et d’objectivité. Je le fais sans arrière-pensée et je vous avoue qu’en dehors du C.A, je suis d’un autre caractère, complètement différent. * La départ de Mrad Mahjoub et Tarak Tayeb à la fin de la saison écoulée a soulevé un mécontentement dans l’entourage du club. Peut-on dire que vous avez fait un mauvais choix en les laissant partir? - Le public traite de ces sujets sans connaître la réalité de ce qui s’est passé. Personnellement, je ne retiens aucune personne qui ne manifeste pas son désir d’être clubiste. C’est mon principe et je l’ai respecté. Mrad Mahjoub n’était pas très chaud pour rempiler et Tarak Tayeb a utilisé des manières que je n’admets pas. Il nous a fait savoir qu’il voulait jouer dans un championnat européen et on était surpris de le voir changer d’avis et venir exercer une pression sur les dirigeants quarante huit heures avant l’expiration du dernier délai de recrutement. Il a voulu imposer ses conditions et nous mettre dans une position de faiblesse. Je reconnais qu’il a du talent et qu’il fait partie des grands joueurs, mais il était inadmissible de nous soumettre à ses exigences. Par principe, je ne peux l’admettre. * Au C.A, on parle beaucoup de travail collégial au sein de la famille élargie du club, mais on constate que ce qui se passe ces dernières saisons n’a rien à voir avec cette orientation. Comment l’expliquez-vous? - Le travail collégial a bel et bien été instauré il y a dix ans et ça a bien fonctionné pendant quelques années. Malheureusement, cette tradition n’a pas fait long feu et on a constaté plusieurs écarts au cours des trois ou quatre dernières saisons. Les problèmes du club devaient être discutés au sein de cette famille élargie, mais certaines personnes en ont voulu autrement, en lavant notre linge sale partout, sauf là où il faut. Ce sont des gens qui ont agi de la sorte avec des desseins malsains en vue de perturber l’équipe dirigeante. Les grands noms appartenant au C.A devraient contribuer, par leurs idées, leur travail et leur soutien financier. Malheureusement, certains ont agi en sens opposé et ont causé du tort au club et à ses supporters. A présent, il nous faut beaucoup de temps pour regagner la confiance de notre cher public. * On en vient à la crise qui a secoué votre comité ces derniers jours. Que s’est-il passé exactement? - Qu’on critique mon travail, cela ne m’a jamais dérangé. Cette fois-ci, ce n’était pas le cas et les déclarations parues sur un journal de la place n’avaient d’autre objectif que de s’attaquer à moi et à ma dignité. La réaction du comité directeur a été fulgurante, et la démission —portant les signatures de treize dirigeants— est venue rappeler à ceux qui me veulent du mal, que je suis bien soutenu et que mes collaborateurs estiment que si on touche au président du club, on touche également à eux et au Club Africain. On en a discuté avec les autorités compétentes et on a convenu de continuer notre mission jusqu’à la fin de la saison en faisant preuve de la même entente et de la même solidarité. Personnellement, j’en sors encore plus décidé à servir mon club. J’ai été très touché par le soutien que j’ai eu auprès du comité directeur, de la tutelle et du public. Cette crise sera peut-être très utile pour les futurs dirigeants du club qui en tireront certainement les meilleurs enseignements. * Si on vous propose de vous engager pour un nouveau mandat, allez-vous accepter de le faire? - Aux moments difficiles, je n’ai jamais hésité à servir le C.A. On m’a proposé deux fois de diriger le Club parce qu’il n’y avait aucun candidat au poste et j’ai accepté par amour à mes couleurs. Ce qui s’est passé ces derniers jours décourage les plus volontaires, mais je vous assure que si la situation l’exige, je ne reculerai jamais à accomplir mon devoir et à honorer mon engagement moral avec le C.A. * Que manque-t-il actuellement au C.A pour retrouver sa place en haut de la hiérarchie? - Il y a plusieurs facteurs de réussite qui doivent être réunis. La bonne marche du club est étroitement liée à sa situation financière. Au C.A, on doit faire beaucoup plus pour avoir les moyens de nos ambitions. la mentalité doit également évoluer et se détacher d’un sentimentalisme exagéré. Aujourd’hui, le club doit être plus ouvert et ne plus compter uniquement sur ses enfants (entraîneurs ou joueurs). Ca se passe ainsi partout dans le monde car le football a évolué. De même, un respect mutuel doit régir les relations entre les membres de la famille élargie du club. Ceci concerne également nos relations avec les médias et le public. C’est une condition essentielle pour avancer et atteindre nos objectifs. Propos recueillis par Kamel zaïem


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Source: LeQuotidien: lequotidien-tn.com