3 questions à Me Lotfi Chemli/ «Le niveau du débat au sein du barreau est très bas !»





Avocat au barreau de Tunis et membre de plusieurs institutions internationales d’arbitrage et de médiation, Me Lotfi Chemli estime que le débat au sein du barreau «verse souvent dans la diffamation et la discrimination». * «Le Quotidien» : Pourquoi assiste-t-on à tant de querelles entre les hommes en robe noire ? — Me Lotfi Chemli : La divergence des points de vue des avocats sur les questions d’ordre professionnel ou autre est tout à fait normale. C’est essentiellement dû à la diversité des courants qui traversent le barreau. Ces divergences enrichissent la réflexion et permettent d’avoir une vision multidimensionnelle sur les différentes questions de l’heure. Ce qui est, toutefois, regrettable, c’est que le niveau du débat au sein du barreau est souvent très bas. Les propos diffamatoires et discriminatoires sont monnaie courante. Il est désormais nécessaire que tous les avocats évitent les affaires personnelles et la logique du règlement de comptes. Il faut que le débat obéisse aux règles démocratiques. Ce débat devrait également être axé autour de la profession. Toujours est-il que les hommes en robe noire ont le droit d’exprimer leurs points de vue sur les sujets d’actualité, suite à des discussions sérieuses et à un débat responsable. * Quelles sont les affaires les plus originales que vous avez traitées ? — L’affaire la plus originale que j’ai traitée peut servir de scénario à un feuilleton égyptien. C’est l’histoire d’un père qui a assassiné ses enfants. Suite à la plainte déposée par son épouse, l’affaire a connu de nombreuses péripéties qui se sont étalées sur sept ans. Cette affaire a, en effet, révélé plusieurs autres affaires «corollaires» qui ont été examinées par trois tribunaux tunisiens différents, en l’occurrence ceux de première instance de Tunis, de Ben Arous et de Menzel Bouzelfa, en plus de deux tribunaux parisiens. Ces affaires varient entre le divorce et le kidnapping, en passant par le partage de biens et la pension alimentaire. L’affaire du naufrage du cargo «Amira I» constitue également un cas de jurisprudence. L’indemnisation des dix-neuf victimes tunisiennes est en train d’enregistrer des rebondissements spectaculaires. * En tant qu’arbitre à Londres et à Paris, comment expliquez-vous les écarts énormes entre les indemnités octroyées aux victimes de drames maritimes ou aériens, issues de pays développés et celles accordées aux ressortissants de pays en voie de développement ? — Les montants des indemnités qui divergent selon le pays d’origine dont est issue la victime reflètent la configuration des forces dans le monde. C’est injuste. Au niveau des institutions d’arbitrage et de médiation, on essaie toujours de défendre les intérêts des pays en voie de développement, car le droit international permet d’appliquer des règles justes et équitables. C’est pour cette raison qu’il faut défendre jusqu’au bout les intérêts des victimes du crash du Boeing d’Egypt-Air et celles du naufrage du cargo «Amira I». Propos recueillis par Walid KHEFIFI


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Source: LeQuotidien: lequotidien-tn.com