Exploitation du Patrimoine Musical/ Qui dérape ?





En absence d’une institution qui assure le contrôle sur les différentes productions sonores et, en particulier, la cassette, les exploitants du patrimoine musical se sont en effet multipliés comme des champignons. Leur unique objectif est d’atteindre la célébrité de Souad Mahassen, Malika Hechmi ou Nebiha Karaouli... Les chansons patrimoniales sont l’un des supports de notre mémoire collective ; c’est aussi une fiche d’identité de chaque région. Chaque chanson est une traduction d’un état psychologique conjugué à d’autres facteurs : social et spatio-temporel. Cette fusion entre plusieurs éléments naturels et humains a donné naissance à beaucoup de chansons ancrées dans la réalité et dans le vécu quotidien de son créateur. En Tunisie, chaque région possède ses propres «mélodies» dont les rythmes et les paroles reflètent bel et bien ses spécificités. Le Kef, Béja, Gafsa, le Sahel... des régions qui ont su sauvegarder ce patrimoine sonore et le transmettre d’une génération à une autre. Carte génétique de notre pays, ces chansons sont devenues la cible préférée de plusieurs de nos chanteurs : Souad Mahassen et Malika Hechmi ont choisi de se spécialiser dans le patrimoine musical keffois alors que Nabiha Karaouli et Zohra Lajnaf ont opté pour l’interprétation des chansons tirées du fond de la mémoire de la ville de Gafsa et de tout le sud tunisien. C’est peut être grâce à elles que nous avons découvert des chansons comme «Mardh-al Hawa gattala», «Ya El Bahri Boumeftah»... Une découverte qui a servi seulement ces chanteuses, car, malheureusement, ces chansons ont été présentées en une version qui a trahi l’original. * De l’autre côté A ce propos, l’artiste Brahim Bahloul, l’un des rares spécialistes en musique patrimoniale nous a affirmé que «Seule Malika Hechmi présente la chanson keffoise telle quelle sans aucune modification ; c’est le même rythme, les mêmes paroles et c’est aussi la même charge émotionnelle qui se dégage de ces chansons et c’est d’ailleurs ce qui fait de cette chanteuse une spécialiste de l’interprétation du patrimoine musical keffois. Pour Souad Mahassen, Nabiha Karaouli et Zohra Lajnaf, ce trio a, malheureusement, dérapé de la piste principale pour tomber dans le piège de «l’affinement» qui est à mon avis une affaire dangereuse car il suppose que le créateur original n’a pas été à la hauteur et ceci est une dévaluation des efforts de nos ancêtres». Et d’ajouter «Nos chanteurs doivent respecter cet héritage et en être de fidèles dépositaires». Ces chanteuses ne sont plus les seules qui ont opté pour l’exploitation de cette mémoire collective. D’autres voies sont allées loin dans le traitement de cet héritage. Les couvertures de plusieurs cassettes en témoignent. A qui la faute ? Ce qui est sûr, c’est que c’est une affaire collective. Le ministère de la Culture, de la Jeunesse et des Loisirs ainsi que l’institut National du patrimoine doivent accorder leurs violons pour maintenir intacte et indemne cette mémoire collective. Imen ABDERRAHMANI


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Source: LeQuotidien: lequotidien-tn.com