Ex-otages français : Le monde arabe a joué un rôle majeur





La multiplication des appels en leur faveur dans le monde arabe a contribué à la libération des deux journalistes français Christian Chesnot et Georges Malbrunot, retenus en otages pendant quatre mois en Irak, estiment les analystes. Le Quotidien-Agences "Jamais Arabes et Musulmans n'ont été aussi unanimes: islamistes, libéraux, nationalistes, gauchistes, toutes obédiences confondues, ont appelé à leur libération", relève Abdelbari Atwan, rédacteur en chef du quotidien arabe londonien Al-Qods Al-Arabi. "Organisations islamiques, associations de droits de l'Homme, unions et syndicats de journalistes, tous ont joué un rôle dans cette libération qui n'aurait pas été possible sans leur admiration pour la position de la France à l'égard des deux principales causes arabo-musulmanes: la Palestine et l'Irak", explique-t-il à l'AFP. Dans le communiqué annonçant la libération, l'"Armée islamique en Irak" qui avait revendiqué leur enlèvement énumère quatre raisons pour leur libération: "l'absence de preuves sur leur espionnage" pour le compte des Américains, "leur bonne position sur la cause palestinienne", "l'attitude du gouvernement français sur l'Irak" et "les appels et sollicitations d'institutions et d'organisations musulmanes" en leur faveur. * La politique de la France "Il est incontestable que la politique de la France a été déterminante", convient Yasser Al-Sirri, le directeur de l'Observatoire islamique, basé à Londres. "Le même groupe a exécuté le journaliste italien Enzo Baldoni qui, à l'instar des deux Français, était en train de dénoncer les crimes américains en Irak. Mais, malgré les multiples appels pour sa libération, Baldoni a payé pour la politique de son pays" sur l'Irak, constate Sirri. Son organisation privée, qui dit défendre les causes des musulmans dans le monde, avait lancé des appels en faveur des deux Français et échangé plusieurs messages, par courrier électronique, avec les ravisseurs. Dans un message daté du 19 novembre, l'Armée islamique en Irak exprimait à Sirri son "respect des oulémas de la nation", soulignant que son "tribunal islamique allait statuer sur le sort des deux Français". Dans une allocution télévisée mercredi, le président français Jacques Chirac a remercié "tous les responsables religieux qui, en France et dans le monde, dans un exceptionnel élan de solidarité, ont apporté leur coopération et leur soutien". Du mufti de Syrie, au guide suprême des Frères musulmans égyptiens, en passant par le Jihad islamique et le Hamas palestiniens, toutes les mouvances de l'islam avaient appelé à la libération des journalistes. Le secrétaire général de l'Organisation de la conférence islamique, le Comité des oulémas sunnites irakien, le chef chiite irakien Moqtada Sadr, l'imam d'Al-Azhar, cheikh Mohamed Sayed Tantaoui, le dignitaire chiite libanais Mohammad Hussein Fadlallah, le chef du parti islamiste pakistanais Jamaat-i-Islami, avaient appelé de concert à cette libération. * Surtout Al-Jazira C'est surtout la télévision Al-Jazira qui avait eu la vedette. Al-Jazira, qui se contente généralement de diffuser les vidéos des preneurs d'otages, avait réclamé dans un communiqué la "libération immédiate" des deux reporters français. La télévision du Hezbollah chiite libanais, Al-Manar, lui avait emboîté le pas, qualifiant le rapt de journalistes de "pratique erronée" et exhortant les ravisseurs à épargner la vie des Français. Mais Al-Jazira avait aussi servi de tribune: le ministre français des Affaires étrangères Michel Barnier, son homologue qatariote Jassem Ben Jabr Al-Thani, le président de la Fédération nationale des musulmans de France Mohamed Bechari, l'influent dignitaire sunnite Youssef Al-Qardaoui, s'étaient relayés sur ses plateaux pour réclamer la libération des Français. __________________ Polémique entre Julia et le gouvernement sur les otages Au lendemain du retour à Paris des deux ex-otages d'Irak, une violente polémique a éclaté entre le gouvernement et le député UMP Didier Julia, qui avait mené en septembre une opération de libération infructueuse. Une demi-heure après avoir posé le pied sur le sol français, l'un des deux journalistes, Georges Malbrunot, avait dénoncé mercredi soir le rôle joué par Didier Julia. "Je suis scandalisé par le comportement de la personne que vous citez, c'est jouer contre la vie de deux compatriotes, ça ne mérite que le mépris", avait-il lancé à la presse. Hier, plusieurs personnalités de la majorité ont accusé Didier Julia d'avoir menti et l'ont menacé d'une exclusion du groupe UMP de l'Assemblée et d'autres procédures. "Il y a des gens qui n'ont pas fait preuve de responsabilité ni d'esprit civique (...) Il faudra en effet qu'ils répondent à des questions qui sont posées. Il faudra obtenir des réponses", a dit le ministre UMP des Affaires étrangères, Michel Barnier, sur France Inter. Didier Julia a violemment répliqué. "Ce n'est pas parce que nous avons un ministre complètement nul qui veut couvrir son incompétence en me prenant comme bouc émissaire que je n'aurais plus confiance et dans mon mandat et dans ce que je fais", a-t-il dit sur RTL. Fin septembre, le député avait affirmé avoir rencontré les otages en Irak. Philippe Brett avait même dit être en leur compagnie en direct sur une radio, le 1er octobre. Cette version des faits a été totalement démentie par les deux ex-otages, qui ont expliqué n'avoir jamais vu Philippe Brett, a rapporté Michel Barnier. Philippe Brett n'aurait même jamais pénétré en Irak à l'époque des faits.


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Source: LeQuotidien: lequotidien-tn.com