Ces Tunisiennes qui vivent seules : Elles s’assument, mais la société rouspète…





Dans chaque quartier de la capitale, on peut tomber sur des filles qui vivent seules. Elle sont là pour poursuivre leurs études ou pour travailler. Mais la société ne se prive pas dans certains cas de les regarder de travers. Tunis — Le Quotidien C’est un studio au dernier étage d’un immeuble luxueux. A peine la porte ouverte, on se trouve dans un grand hall. Il est grand parce qu’il constitue pratiquement la seule pièce de ce studio. Un petit divan, un fauteuil, une table basse et un téléviseur. De la fenêtre, on voit l’avenue Hédi Nouira de la localité huppée d’Ennasr II. C’est ici qu’habite Olfa Barhoumi. Elle a 25 ans et elle est étudiante. Sa famille n’est pas avec elle. Elle fait partie de ces jeunes filles qui se sont retrouvées seules à Tunis pour poursuivre leurs études supérieures. Certaines sont d’abord passées par les foyers universitaires. D’autres ont reçu leurs propres clés de maisons dès leurs premiers jours à la fac. Elles sont nombreuses de nos jours. Mais elles sont différentes de par les moyens qui leur sont disponibles et de par le mode de vie qu’elles mènent. Elles sont également différentes parce qu’il y a celles qui sont encore étudiantes et toutes ces autres qui ont déjà entamé leur vie professionnelle. Pour revenir à Olfa, elle nous raconte qu’elle vit avec l’argent que lui envoie son frère installé en Hollande. Ses parents financent une partie de ses dépenses. Et c’est son futur fiancé, résident en France qui n’hésite pas à la gâter : argent, cadeaux et charges de la maison. «Je suis très bien et je n’ai aucun problème avec mon style de vie». Elle a choisi d’être seule chez elle afin d’éviter les conflits avec les colocataires. «Je préfère la solitude à ces petites histoires qui peuvent rendre ma vie insupportable. Je connais des amies qui ont réellement souffert de la cohabitation. Mais ce qui est gênant dans cette vie en solitaire, c’est quelque part le regard de la société. Ce sont surtout les garçons qui continuent à prendre ce mode de vie pour un visa d’entrée sans limites». Ce regard de la société, Hanène Turki, aujourd’hui ingénieur agronome fraîchement diplômée, le connaît très bien. Elle en a même été victime. Arrivée de Mahdia au lendemain de son bac, elle a partagé un appartenant à El Menzah VII avec sa cousine. Elle y habite encore d’ailleurs. Mais qu’est-ce qui lui a causé des problèmes ? «J’ai connu un jeune homme qui travaillait avec mon père. On a vécu une histoire d’amour et on était sur le point de nous fiancer. Sa mère était d’accord mais son père a refusé et l’a menacé de le mettre à la porte. Il était hors de question que son fils unique épouse une fille aussi «libre» et qui vit seule loin de sa famille. Pour lui, j’étais automatiquement une fille encline à entreprendre mille et une aventures». En effet, au revers de la médaille de cette ouverture de la société, c’est un renfermement extraordinaire de plusieurs gens qui est en train de prendre de l’ampleur. Au moment où les étudiantes ainsi que les filles qui travaillent et qui vivent seules se multiplient jour après jour, on continue à voir ces maisons comme étant des lieux de toutes les incorrections. Il suffit parfois qu’une fille avoue habiter seule pour que celui-ci ou celle-là s’imagine aussitôt débarquer dans ces quatre murs où tout serait permis. Ce n’est pas faux dans de nombreux cas. En témoignent plus d’une petite maison où les soirées n’arrêtent pas et où les entrées et sorties finissent par déranger le voisinage. Tantôt on ose réclamer du respect et tantôt on ferme les yeux car c’est une réalité incontournable par ces temps qui courent. Asma El Ouni a loué un studio depuis quatre mois. Quand elle s’est installée dans cet immeuble, elle a découvert qu’elle n’était pas la seule à posséder une clé d’un propre chez soi. «Une voisine m’a invitée pour un café. Elle m’a tout de suite mise en garde des risques de recevoir un petit ami chez moi. Elle m’a carrément demandé de faire très attention de me faire attraper et d’avoir de sérieux soucis». Mais Asma ne lui a pas prêté oreille car elle pense qu’elle sait ce qu’elle fait et elle estime qu’elle force le respect. «Ma conduite est irréprochable», dit-elle. Peu importe ce que peuvent penser les autres de toutes ces filles qui mènent une vie loin de leurs familles et qui assument cette vie. Car la société a imposé ce mode de vie. Et elle finira également par imposer une autre conception de cette réalité. Reste pour ces filles à adopter la conduite à même de forcer le respect et de se faire accepter en tant que telles. D’aucuns savent pertinemment que les temps ont changé et que chacun de son côté, doit s’y faire de toute façon. M.K.


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Source: LeQuotidien: lequotidien-tn.com