Dr Abdelkader Abacha au Quotidien : “Le lobbying” est important pour lutter contre le sida





Parti au Sénégal pour poursuivre des études en médecine, M. Abdelkader Abacha n’a pas résisté au charme de ce pays. Il a choisi d’y rester, épousant par la même une citoyenne de cette contrée. Depuis une vingtaine d’années, il assure la coordination de l’ONG ENDA en matière de santé et particulièrement dans le cadre du programme de lutte contre le sida. Le Quotidien : Dans quelles circonstances avez-vous choisi de vous installer au Sénégal? - Dr Abdelkader Abacha : Mon expérience au Sénégal n’était pas planifiée. Après l’obtention du bac, j’avais sollicité une bourse pour poursuivre des études à l’étranger mais à cette époque deux possibilités m’avaient été offertes : une bourse au Maroc et une autre au Sénégal. Je me suis dit pourquoi ne pas tenter une expérience de deux ans dans ce dernier pays et obtenir par la suite l’équivalence pour reprendre mes études à Tunis. Mais mon contrat avec l’Afrique subsaharienne m’a permis de connaître beaucoup de choses et de découvrir une société moderne et enracinée dans sa culture à la fois africaine et musulmane. L’université sénégalaise est par ailleurs ouverte et orientée vers le concept de médecine communautaire. A titre d’exemple, un malade mental est pris en charge par tout le quartier. Tout le monde participe à créer une bonne ambiance pour lui permettre de se sentir dans la société. Cette dimension sociale m’a passionné. Elle contraste avec une médecine occidentale très médicalisante. La médecine classique n’intervient que lorsqu’il y a échec dans cette option communautariste. Comment se déroule votre combat contre le sida ? Je voudrais tout d’abord noter que la fin de mes études a coïncidé avec l’émergence du problème du sida. J’ai mené des recherches sur le sida et cela m’a permis d’intégrer l’ONG ENDA tiers-monde. C’est une organisation internationale possédant plusieurs branches d’activité. J’assume depuis 1988 la fonction de coordinateur du programme dans cette ONG. C’est le plus grand programme relatif au domaine de la santé en Afrique. Derrière le travail de réseau et de développement du programme de lutte contre le sida, nous sommes entrés dans une phase de plaidoyer et de “lobbying” pour réorienter les politiques et les décisions au niveau international. L’OMS a réalisé un programme mondial pour la lutte contre le sida. Dix ans après, le programme a été suspendu à l’issue d’un constat d’échec. Le directeur du programme a carrément affirmé que l’OMS a perdu la bataille contre cette maladie. Depuis, un autre programme coordonné par l’OMS, l’UNICEF, l’UNESCO et la Banque Mondiale a pris le relais car tous étaient convaincus que cette maladie constitue une menace pour le développement. Le programme regroupait toutes les composantes de la société civile. En 2001 une session spéciale de l’ONU réunissant 177 pays a préparé une déclaration d’engagement pour lutter contre cette maladie. Ils ont décidé d’adopter des mesures exceptionnelles afin de remédier aux problèmes exceptionnels. Le Fonds mondial de lutte contre le sida a mobilisé des sommes énormes et octroyé à chaque pays concerné la somme de 10 à 50 MD par an pour arrêter la propagation de ce fléau. Chaque jour, la planète enregistre 15000 infections supplémentaires. Nous avons milité pour que ce Fonds soit élargi à d’autres maladies appelées des pauvres comme la tuberculose et le paludisme. Dans beaucoup de pays, jamais un programme n’a engrangé autant d’argent à travers ce fonds. Comment se porte la colonie tunisienne au Sénégal? Le Sénégal compte une petite colonie de Tunisiens. Nous sommes à Dakar une centaine. Nous avons inter-agi dans cette société car nous estimons que nous avons une grande responsabilité devant nous. Nous invitons tous les ans en Tunisie des Sénégalais de toutes les couches sociales et parfois des joueurs de football. Nous avons contribué au recrutement de certains joueurs sénégalais notamment au sein de l’ESS. Nous estimons que nous avons réussi à établir un pont entre la Tunisie et le Sénégal. J’ai personnellement matérialisé ce processus par mon mariage avec une citoyenne sénégalaise. Mes enfants sont des Tuniso-Sénégalais et illustrent à merveille ce rapprochement. Entretien réalisé par Lotfi TOUATI


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Source: LeQuotidien: lequotidien-tn.com