Dérives comportementales en milieu scolaire : Les parents sur la sellette





Quelques établissements éducatifs semblent devenir le théâtre de nombreuses dérives comportementales dont les auteurs ne sont autres que des adolescents à la recherche de repères… Mais il ne s’agit là que de la partie émergente de l’iceberg. Les élèves qu’on taxe de «génération sans repères» ne seraient que les victimes des mutations socio-économiques rapides. Pleins feux sur un phénomène aux ramifications multiples… Tunis - Le Quotidien Le mal semble atteindre la côte d’alerte… Nos établissements éducatifs dont notamment les collèges et les lycées enregistrent une montée en flèche importante des dérives comportementales. Tenues vestimentaires extravagantes, tabac, absentéisme, graffiti,jeu de cartes, vandalisme, violence verbale et physique ne sont plus tabous au sein des établissements éducatifs. Enseignants, surveillants, élèves et parents s’en plaignent sans toucher aux racines profondes du mal. M. Slaheddine F., professeur exerçant dans un lycée de la capitale, se plaint surtout des «mauvaises plaisanteries» de ses élèves qui se prennent souvent pour des farceurs, quitte à ridiculiser leur professeur. «Je me rappelle toujours du mauvais tour que m’avaient joué mes élèves, lesquels n'ont pas hésité à placer des pétards sous mon bureau et de l’encre rouge sur ma chaise rien que pour rire et s’éclater après la fin des examens du troisième trimestre», confie notre interlocuteur. De son côté, M. Ali K., professeur de philosophie dans un lycée du Cap Bon, souligne que ses élèves, peu intéressés par les cours, organisent de véritables tournois de belote et autres jeux de cartes à l’intérieur des salles. «Les garçons s’adonnent au jeu de cartes et au tabac alors que les filles s’échangent les revues de mode et les produits cosmétiques au moment du cours», ajoute-t-il. Quant à Mme Najoua, surveillante dans un lycée de la capitale, elle crie plutôt haro sur le «look» des garçons aux cheveux trop gominés et portant boucles d’oreilles et colliers en or et le maquillage et tenues vestimentaires peu orthodoxes des filles. Parents «complices»… Enseignante dans un lycée situé aux environs d’El Menzah, Mme Zouhour précise que les dérives comportementales enregistrent des pics auprès des élèves de la première et de la deuxième années secondaires puisque le couronnement de l’enseignement de base par la réussite incite les parents à gâter leur progéniture. Et d’ajouter qu’elle garde encore et toujours en mémoire la réaction aussi surprenante qu’agressive d’un père dont la fille a été exclue de la classe après avoir failli transformer la salle en salon d’esthétique. Les sociologues expliquent la propagation de ces dérives par une certaine «complicité» de la part de certains parents qui se montrent trop compréhensifs avec leurs enfants adolescents ainsi que par la «démission totale» d’autres parents. Les psy parlent plutôt du concept «génération sans père, ni repères». Dr. Imed Regaïeg, psychologue, fait remarquer que l’absence de l’autorité parentale et de l’encadrement familial a favorisé l’apparition de ce manque de repères sociaux auprès des ados, lesquels développent, de fait, le «culte du paraître» en s’identifiant aux stars et aux héros des films d’action pour attirer l’attention. Dr. Regaïeg évoque également le facteur du «chevauchement des espaces» auprès des jeunes qui ne font pas la différence entre un comportement à adopter dans un café et un comportement dans la classe. Le temps scolaire à l’index Du côté de la Fédération générale de l’encadrement et de l’orientation, le temps scolaire est le principal facteur responsable de la recrudescence des comportements extravagants dans les lycées. M. Badi Hermassi, secrétaire général de la fédération, signale que «la mauvaise répartition des heures de cours laisse trop d’heures creuses pour les élèves qui cherchent à les meubler de n’importe quelle manière puisqu’ils ne supportent plus les salles de permanence après de longues heures d’études». Et d’ajouter que «le système de la séance unique permettra de réduire nettement les dérives dans le milieu scolaire». M. Hermassi note également que la séance unique permettra aussi aux parents de contrôler leur progéniture et placera l’élève au centre du système éducatif en indiquant qu’on compte actuellement un surveillant pour 200 élèves alors que la moyenne proposée par l’UNESCO est de l’ordre d’un surveillant pour 120 élèves. Wahid KHEFIFI


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Source: LeQuotidien: lequotidien-tn.com