Ali Selmi (Entr. A.S.M.) : «Mon credo, une main de fer dans un gant de velours»





Ils n’étaient point légion ceux qui pensaient qu’un jour l’A.S.M virerait en tête du classement. Mais les Auriverde ont vécu ce bonheur, ne serait-ce que pour quelques jours. Ils sont, pour l’heure, dauphins et c’est déjà en soi une performance de rang. Derrière ce haut fait, il y a un homme, dans son acception plurielle, Ali Selmi. Le technicien aveniriste juge et jauge. Apprécions. * Avant tout, pourriez-vous établir un bilan, quoique partiel, du parcours de votre équipe? - Je dirais qu’il est plutôt positif, non seulement au niveau des résultats, mais aussi à celui de l’état d’esprit général exhibé par les joueurs. Ma satisfaction est d’autant plus grande que l’effectif dont je dispose est tout juste moyen. Il me reste toutefois beaucoup à faire sur le plan collectif. Mais comme notre credo majeur est la discipline, entendons rigueur et application pointilleuse, la marge de progression qui est devant les joueurs sera sciemment exploitée. * Pouvons-nous certifier que ces résultats probants soient conformes à votre tableau de marche? - A vrai dire, ils ont dépassé nos espérances. En effet, aligner trois victoires en déplacement, en trois rencontres, était assez inattendu. Mais tout compte fait, sur le plan purement arithmétique, les points récoltés à l’extérieur ont compensé ceux gaspillés lamentablement à domicile, ce qui équilibre tangiblement notre capital-points. * Quelles sensations particulières avez-vous éprouvées quand votre équipe s’est allégrement pavanée à la tête du classement? - J’ai ressenti un immense plaisir. J’étais singulièrement heureux pour les joueurs. Un autre sentiment prédominait aussi, celui de fierté, du moment que nous devancions les grosses pointures du championnat. * L’A.S.M douillettement installé dans les premières loges. Devrait-ton parler de nivellement vers le haut ou vers le bas? - Pour dire vrai, on ne peut se prononcer ni dans un sens, ni dans l’autre. Concernant mon équipe, elle est en train de progresser, lentement mais sûrement. Quant à savoir si les grosses cylindrées ont un tant soit peu régressé, il faut patienter encore pour être mieux édifié. * Et sur les joueurs, quelles sont les répercussions de cet état de grâce? Positives? Dommageables? - J’ai décelé en eux un certain sentiment de fierté. Et je m’attelle pour que celui-ci ne soit pas supplanté par un sentiment de suffisance. C’est dire que je m’emploie à positiver ce classement, grâce à un travail inlassable de sensibilisation. * Au fait, quels sont les facteurs à l’origine de cette santé resplendissante? - Avant tout, le groupe tire sa force de sa solidarité et de son homogénéité. A la base, il y a ce “mariage” heureux entre jeunes et expérimentés. C’est que j’ai tenu à inculquer à tous certaines valeurs, si bien que les jeunes vouent un respect sincère aux chevronnés de l’équipe qui, en retour, les encadrent et les aident substantiellement, en mettant à leur service toute leur expérience. Je vous rappelle à ce propos que pas moins de onze joueurs ont quitté le club à la fin de l’exercice écoulé, tous des titulaires en puissance, tels que Kazadi, Apataki, Fkih, Jlidi… Pour le compte de cette saison, neuf joueurs du cru ont été lancés dans le grand bain et six d’entre eux sont, actuellement, des titulaires. * Certains parlent d’effet Selmi. Pourriez-vous l’expliciter? - Il n’échappe à personne que mon approche des choses du football est régie par la discipline, dans son sens large. Toutefois, cette discipline est appelée à se cristalliser dans une ambiance détendue, propice à l’extériorisation totale des potentialités techniques et physiques des joueurs. Et puis, sans le concours de toutes les parties prenantes du club, notamment les joueurs qui ont totalement adhéré au projet, rien de positif ne pourrait se concrétiser. En somme, je m’inspire de l’adage “une main de fer dans un gant de velours”. * Objectivement, l’A.S.M a-t-il les moyens de se maintenir au sommet de la hiérarchie? - Sincèrement, il nous sera très difficile d’occuper indéfiniment le pinacle. C’est que les trois composantes de la trinité gagnante, à savoir la qualité de l’effectif, le nombre et les finances, nous font partiellement défaut. Regardez, à ce propos, du côté des grosses cylindrées. Elles possèdent pratiquement deux à trois équipes de valeur sensiblement égale. A chaque poste il y a facilement trois joueurs qui se valent. A titre indicatif, les frères Gaye, qui n’arrivent pas à s’imposer en équipe première au C.A ont repris vie avec nous. Sur un autre plan, et après la suspension, doublée d’une longue indisponibilité de Boussif, je ne dispose pas d’un latéral gauche de métier, si bien que mon équipe donne l’impression d’être “unijambiste”, par manque d’équilibre. En outre, il me manque un ou deux joueurs d’une autre dimension, sans compter les finances qui, et c’est déjà une grande consolation, servent juste à satisfaire les besoins vitaux de l’équipe. Pour toutes ces raisons, et réalisme oblige, je serais comblé si mes poulains finissaient la saison derrière le quatuor traditionnel. * A propos d’effectif, le Libyen Hammali n’arrive toujours pas à s’imposer, pourtant vous l’avez recruté en connaissance de cause. - Effectivement. Et c’est sur mes propres conseils qu’il a été enrôlé et mon avis à son sujet n’a pas changé d’un iota. S’il tarde à donner la pleine mesure de son talent, c’est qu’il a un petit problème de caractère. Il n’y a pas lieu, toutefois, de se tracasser à son endroit. Il progresse dans le bon sens et je le sens venir. * Et le Marocain El Herech, qu’attendez-vous de lui au juste? - Qu’il confère à l’attaque le punch et la percussion souhaités. C’est un garçon qui se prévaut de beaucoup de qualités, telles que la rapidité, le jeu de tête, la maîtrise technique des deux pieds, le sens du but, l’adresse, sa propension pour le jeu collectif… De plus, il est le complément idéal des deux autres avants, Chettaoui et Réhifi. Reste la réalité du terrain, car il revient juste d’une longue période d’inactivité. * Une question-fleuve pour terminer, mais on se contentera d’une réponse concise: où en est le professionnalisme dans nos contrées? - Au point zéro, pour dire vrai. Et la mentalité et les moyens font encore défaut. C’est que l’adéquation entre droits et devoirs est encore mal perçue. Des aberrations sont à relever au niveau des rapports joueurs-clubs, à la lumière de la ratification des contrats d’une année seulement, ce qui porte un coup dur à la stabilité des effectifs, puisqu’une cinquantaine de joueurs par saison circulent d’un club à l’autre, sur fond de surenchères. Les finances viennent, en outre, à manquer terriblement. Des solutions concrètes sont à trouver… Propos recueillis par Wahid SMAOUI


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Source: LeQuotidien: lequotidien-tn.com