Rafaâ Chtioui (Vice-Champion du Monde Juniors) : «Objectif, le professionnalisme»





Décidément, nos jeunes ne cessent de se distinguer au plus haut niveau et dans toutes les disciplines. Natation, judo, athlétisme... Mais lorsque la distinction vient d’un sport tel que le cyclisme et de surcroît dans un championnat du monde, l’exploit revêt une importance particulière. Notre jeune cycliste junior Rafaâ Chtioui, qui en est à sa 2ème année en qualité de stagiaire dans le Centre mondial de cyclisme à Aigle (Suisse), est en train de donner une nouvelle dimension à la «petite reine». Issu de l’Ecole d’El-Mourouj, il a été découvert par l’entraîneur Faouzi Selmi qui l’a si bien encadré, jusqu’à en faire un excellent compétiteur. Son talent a fait le reste. Ces énormes potentialités ont incité les responsables fédéraux et à leur tête le directeur technique Hamadi Tazarki à lui donner une chance pour s’extérioriser au plus haut niveau. C’est ainsi qu’il a été choisi pour rejoindre le Centre mondial de cyclisme. Depuis qu’il a rejoint ce centre, Chtioui ne cesse de progresser sous la direction de l’entraîneur Daniel Gisiger, au point de réaliser de grandes performances dans les compétitions mondiales, dont la dernière a été couronnée par une médaille d’argent aux derniers championnats du monde. Rafaâ Chtioui a bien voulu nous parler de cet heureux événement, de sa jeune carrière et de ses ambitions futures. Encore jeune, Chtioui a une prometteuse carrière devant lui, surtout qu’il n’a que 18 ans. * Quel est votre sentiment après la médaille d’argent glanée aux derniers championnats du monde juniors ? - L’épreuve sur route était distante de 132,700 km effectués en neuf tours. La dernière échappée dans les ultimes kilomètres groupait 7 à 8 coureurs. Dans la dernière descente, je me suis échappé avec le Tchèque, mon camarade au Centre, Roman Krutziger. A 200 mètres, j’ai pris les devants tout en croyant qu’il y avait un groupe de trois coureurs qui nous avaient distancés. Ce dont a profité Krutziger pour me dépasser dans les derniers mètres et de lever les bras au ciel. C’est à cet instant que j’ai pris conscience que j’étais deuxième et que j’ai été à un cheveu de remporter les championnats du monde. A cet instant, une joie immense s’est emparée de moi et tout un film d’images est passé dans mon esprit : mon pays, ma famille, le drapeau tunisien, l’honneur qui échoit au sport tunisien etc... * D’aucuns disent que vous aviez la possibilité de gagner cette épreuve ? Qu’en est-il exactement ? - Sincèrement oui. J’ai, à maintes fois, battu mon camarade dans des courses en Suisse. Mais l’ambiance de cette course, l’environnement et surtout la foule immense qui bordait les deux côtés de la route dans cette ville de Vérone connue pour son amour pour le cyclisme, m’ont empêché de fixer des repères, ce qui m’a énormément perturbé en fin de course. * Comment s’est opéré votre départ pour la Suisse ? - C’est la Fédération tunisienne et la Direction technique en la personne de M. Hamadi Tazarki qui ont décidé d’opter pour un jeune coureur, qui sera formé suivant les règles de l’art. Je suis parti en Suisse en janvier 2003. Ma 2ème année au Centre mondial de cyclisme s’est achevée après les championnats du monde. * Parlez-nous de votre journée dans le centre - Le petit déjeuner est fixé à 8h. Après nous suivons quotidiennement un cours d’Anglais de 1h30. Les entraînements débutent à partir de 10h sur piste pendant une heure à une heure et demie. Repas à midi, puis un peu de repos avant la reprise des entraînements essentiellement sur route, sauf si les conditions climatiques ne le permettent pas, alors nous nous rabattons sur la piste. Nous suivons parallèlement un programme informatique sur les modes d’entraînement et des cours de mécanique pour apprendre à réparer nos vélos. * Comptez-vous rester encore dans le Centre ? - Au départ, je devais rester une année, mais mon entraîneur Daniel Gisiger, constatant les énormes progrès que j’ai accomplis, a proposé à notre Fédération de prolonger mon séjour d’une année supplémentaire, ce que les responsables tunisiens ont accepté. * Et maintenant ? - Après les derniers résultats, mon entraîneur va certainement proposer une prolongation d’une troisième année. Mon retour pour la Suisse se fera fin janvier 2005, après les fêtes de l’Aïd. * Comment allez-vous procéder pour combler cette longue période d’inactivité ? - Mon entraîneur m’a tracé un programme d’entraînement que je vais essayer d’appliquer scrupuleusement. Ces séances sont étalées dans le temps jusqu’à la date de mon retour au Centre. * Vous allez certainement être très sollicité la saison prochaine. Quels seront vos principaux objectifs ? - Avec l’équipe nationale, je vais participer aux championnats d’Afrique qui auront lieu en Egypte, aux championnats arabes au Maroc et peut-être au Tour de Tunisie. En Suisse, je vais certainement prendre part à plusieurs courses. Mais mes principaux objectifs demeurent les championnats du monde Espoirs dans une année en Espagne (octobre 2005). Entre-temps, mon entraîneur tient à ne pas brûler les étapes et à suivre une progression régulière. C’est pour cette raison qu’il place le résultat au second plan, estimant qu’un coureur ne peut atteindre son plein régime qu’à partir de 24 ans et qu’il tient à me fixer un programme bien déterminé au fur et à mesure de mon évolution. * A part votre entraîneur actuel, quel est celui qui a été à l’origine de votre découverte? - Si Faouzi Selmi, l’entraîneur de l’Ecole d’El Mourouj, qui a découvert mon penchant pour le cyclisme et m’a encouragé à persévérer dans cette discipline à laquelle j’ai pris goût dès l’âge de minime à 14 ans. * Après les championnats du monde, avez-vous eu des contacts avec des équipes étrangères pour un éventuel recrutement? - Bon nombre d’équipes m’ont contacté essentiellement françaises et hollandaises. Mais mon entraîneur refuse catégoriquement ces approches, du moins jusqu’à la fin de mon stage. * Après le stage, qui va s’occuper de vos affaires professionnelles? - Certainement mon entraîneur qui sera en quelque sorte mon agent. Il me connaît parfaitement et sait où se trouvent mes intérêts. De plus, il est au fait de tout se qui se passe dans le monde du cyclisme. Mais le point le plus important est que j’ai une totale confiance en lui. * Vous avez certainement des ambitions plein la tête. Pouvez-vous nous en parler? - Comme tout sportif, j’ai énormément d’ambitions. L’année prochaine, j’aurai 19 ans, ma première année seniors. Une nouvelle aventure commence pour moi. Mon principal objectif est d’honorer mon pays au plus haut niveau dans les compétitions internationales. Pour ce faire, je dois évoluer dans une équipe professionnelle qui répond à mes aspirations. Ce sera aussi un objectif important pour moi, car ce sera le tremplin idéal pour intégrer le monde du cyclisme professionnel. Et je suis déterminé à donner le meilleur de moi-même et à m’investir à fond durant cette année pour briller à tous les niveaux, hisser le prestige du cyclisme tunisien et me faire une place dans ce monde passionnant de la “petite reine”. Moncef SEDDIK


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Source: LeQuotidien: lequotidien-tn.com