L’ambassadeur iranien au Quotidien : «Nous avons le droit d’assurer notre propre sécurité…»





Depuis quelques mois, un bras de fer est engagé entre Téhéran d’une part et Washington et l’Europe d’autre part concernant le programme nucléaire iranien. L’Iran pour le moment ne semble pas lâcher du lest. Au cours de cet entretien accordé à notre journal, S.E. Seyed Bagher Sakhaie ambassadeur de la République islamique d’Iran à Tunis nous parle de la détermination de son pays de poursuivre ce programme nucléaire à usage civil ainsi que de la coopération tuniso-iranienne appelée à se développer davantage dans les années à venir. • Le Quotidien : Comment évaluez-vous les relations tuniso-iraniennes dans le domaine commercial au lendemain de la tenue de la 7e commission mixte entre les deux pays? S.E. Seyed Bagher Sakhaie : Je saisis d’abord cette occasion pour réitérer mes meilleurs vœux au Président Ben Ali à l’occasion de sa réélection à la tête du pays. Je lui souhaite beaucoup de succès pour accomplir l’œuvre du développement de la Tunisie. Les relations commerciales entre les deux pays ont enregistré une croissance particulière durant les dernières années d’autant plus que les textes juridiques ont été élaborés pour permettre une coopération économique bilatérale élargie. Malgré tous ces progrès le volume des échanges entre les deux pays reste en deçà des espérances car les opportunités de consolidations de cette coopération sont réelles. L’arrivée à Tunis d’une délégation d’hommes d’affaires iraniens ayant accompagné notre ministre des Affaires étrangères M. Kharazi a permis de faire découvrir aux Tunisiens les opportunités d’affaires en Iran. Ces hommes d’affaires représentant les différents secteurs ont pu s’entretenir avec leurs partenaires tunisiens sur les modalités de coopération. Certains d’entre eux ont réussi à signer des contrats. La tenue d’une journée de partenariat irano-tunisienne marquée par la présence de M. Mondher Zenaïdi, ministre du Commerce, M. Kharazi, ministre des Affaires étrangères, et M. Khosrotaj, PDG du Cepex iranien, a également permis de sensibiliser Tunisiens et Iraniens à mieux renforcer la coopération entre les deux pays. Nous avons prévu dans les mois à venir l’organisation d’une foire où les produits iraniens seront exposés. Je peux vous assurer de la ferme volonté des deux pays de renforcer la coopération bilatérale. • Quelles sont les mesures concrètes à prendre d’après-vous pour développer les relations dans les divers domaines, touristique, économique, culturel… Je pense que l’échange de délégations, la tenue de conférences et l’organisation d’expositions constituent les meilleurs moyens pour aller de l’avant. Les deux peuvent avoir des relations solides dans le domaine du tourisme. La grande expérience tunisienne dans ce domaine peut être exploitée par l’Iran. D’ailleurs plusieurs délégations iraniennes ont déjà visité la Tunisie pour renforcer la destination Tunisie. Je peux vous assurer que beaucoup d’Iraniens ont déjà découvert la vocation touristique de la Tunisie. Les tours opérateurs tunisiens sont en mesure de concrétiser cette démarche en invitant les Iraniens à découvrir la Tunisie. Sur le plan culturel, je pense que la Tunisie et l’Iran possèdent un héritage culturel commun qui tire ses racine de la civilisation musulmane. Ces affinités sont en mesure de renforcer l’échange culturel entre la Tunisie et l’Iran. Nous avons déjà organisé plusieurs opérations dans ce domaine. Les semaines gastronomiques touristiques et culturelles organisées par les deux pays en sont les meilleurs exemples. Je souhaite vivement que les deux parties intensifient davantage les différents programmes socio-culturels. Cela permettra à beaucoup d’Iraniens de découvrir les richesses de la civilisation de la Tunisie. • Les observateurs s’interrogent sur le progrès effectué par l’Iran dans le domaine du nucléaire dans cette conjoncture où votre pays subit de fortes pressions de tout bord. Qu’en est-il au juste, notamment après les menaces iraniennes de rayer de la carte d’Israël s’il s’attaque à l’Iran? La République islamique d’Iran est convaincue qu’Israël cherche à asseoir sa domination de la région du Moyen-Orient, du Nil à l’Euphrate. C’est un pays qui ne respecte pas les résolutions internationales et n’utilise que le langage de la force. Il ne semble pas disposé à respecter ses engagements internationaux ni à répondre à l’appel de la paix. L’Iran reste convaincu que la Palestine appartient aux Musulmans, aux Chrétiens et aux Juifs qui doivent choisir leur sort commun. Concernant les activités nucléaires, je tiens à souligner que nous ne possédons pas de programme pour la fabrication d’armes atomiques. Toutes nos activités nucléaires entrent dans le cadre des conventions internationales et sont destinées à des fins pacifiques. D’ailleurs l’Agence internationale d’énergie atomique dont la République islamique est membre s’est déclarée satisfaite du programme nucléaire civil iranien. L’arme nucléaire n’a pas de place dans la doctrine militaire de l’Iran. Les pays occidentaux et à leur tête les Etats-Unis et les sionistes ne cessent de faire de la propagande pour nuire à notre image de marque, faire peur aux pays de la région et mettre un frein à notre développement dans un domaine considéré comme une chasse gardée par certains pays dont Israël. Toutefois les principes d’amitié et de bon voisinage constituent le cadre régissant notre politique extérieure. Concernant les missile de longue portée, je dois préciser que nous avons l’obligation d’accéder à cette technologie pour assurer notre sécurité. L’Iran n’a jamais attaqué quiconque, mais reste la cible de quelques pays. C’est la raison pour laquelle nous avons pris la décision de nous doter de moyens dissuasifs. • L’Iran est-il en mesure de faire face à l’avancée américaine dans la région? L’Iran n’a aucunement l’intention d’entrer en conflit avec d’autres pays. Pour le moment, il n’existe aucune raison objective pour qu’elle soit agressée. Si l’intégrité de notre pays est violée, notre riposte sera à la mesure de l’agression. L’Iran a démontré par le passé qu’elle est en mesure de se défendre de la meilleure manière. Nous possédons une civilisation militaire bien ancrée et nous ne permettons à quiconque de nous dominer. • Les médias occidentaux notamment présentent les conservateurs en Iran comme un obstacle au développement social et à l’émancipation de la femme. Qu’en pensez-vous? Les médias occidentaux ne reflètent malheureusement pas la réalité de notre société, pourtant nos positions sont toujours claires sur le plan international. Le Conseil de la sécurité sociale dont la présidence est assurée par le Président de la République constitue l’organe chargé de prendre les grandes décisions. Ce ne sont pas les conservateurs qui font obstacle au développement. Malgré les retombées d’une guerre imposée et injuste, l’Iran a pu réaliser des progrès dans tous les domaines. D’après les récentes statistiques de la Banque mondiale la balance commerciale enregistre un solde positif de 8 milliards de dollars. L’Iran assure la production de la majeure partie de ses besoins agro-alimentaires. Le savoir-faire iranien dans le domaine de l’enrichissement de l’uranium constitue une preuve de notre capacité à satisfaire nos propres besoins. Cette démarche n’a pas l’air de plaire à l’Occident. Les femmes iraniennes ont participé à cet effort. Elles sont majoritaires à 62,5% dans le domaine universitaire et travaillent coude à coude avec les hommes dans les divers milieux. Ceux qui prétendent le contraire sont invités à voir, de visu, le progrès accompli par l’Iran. Comme l’a dit l’Imam Ali «La distance entre la vérité et le mensonge est de quatre doigts : la vérité est le fait de voir est le mensonge est le fait d’entendre. Entretien réalisé par Lotfi TOUATI


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Source: LeQuotidien: lequotidien-tn.com