William J. Hudson, ambassadeur des Etats-Unis au «Quotidien» : “Prêts à quitter l’Irak, si…”





L’Irak, la Palestine, la guerre contre le terrorisme, le projet du «Grand Moyen-Orient», la prolifération des armes nucléaires et l’environnement... sont autant de sujets évoqués avec S.E. William J. Hudson. Dans l’entretien qu’il accorde au «Quotidien», l’ambassadeur des Etats-Unis à Tunis est allé au fond des choses en donnant un éclairage instructif sur un ensemble de questions d’une brûlante actualité. * Entretien conduit par Chokri BACCOUCHE * Le Quotidien: Qu’est-ce qui a motivé la décision prise par Washington d’organiser une conférence internationale sur l’Irak? — S.E William J. Hudson: Il faut préciser tout d’abord que l’idée d’organiser une telle rencontre émane du gouvernement irakien qui travaille d’ailleurs avec les Egyptiens pour y inviter les pays du Moyen-Orient et d’Europe. Nous mêmes, nous ne sommes que des invités. Il n’empêche que nous soutenons cette initiative qui sera consacrée à l’examen de la situation en Irak. Permettez-moi de vous rappeler qu’une autre conférence aura lieu en principe au Japon les 13 et 14 octobre courant. Celle-ci sera une occasion pour discuter des moyens à mettre en œuvre pour relancer l’économie et hâter la reconstruction de l’Irak. A mon avis, cette effervescence est de bon aloi et je me réjouis que la Communauté internationale ait décidé de s’engager de manière plus active en faveur des Irakiens. * Il semble que cette conférence va se limiter uniquement aux élections. N’aurait-il pas mieux fallu qu’elle touche l’ensemble des questions en suspens afin de multiplier les chances d’un retour à la normale en Irak? — Il serait peut-être plus indiqué de poser cette question aux Irakiens. Tout ce que je peux vous dire, c’est que nous appuyons cette initiative. La conférence prévue au Japon traitera de toutes façons, comme je l’ai précisé, d’autres questions. Il faut donc positiver. * Tout récemment, la France a insisté pour que la question de la fin de l’occupation soit inscrite à l’ordre du jour de cette réunion. Qu’en pensez-vous? — Il y a effectivement beaucoup d’idées de part et d’autre au sujet de cette rencontre. La France a sa propre vision, nous avons la notre, et je pense que c’est le cas pour les Irakiens. Tout dépend en définitive de l’agenda, mais c’est au gouvernement irakien qui a initié l’idée de cette conférence de décider si telle ou telle question devrait figurer à l’ordre du jour de la réunion. * A supposer que la suggestion de la France soit prise en considération. Quelle serait la position de Washington? Les Etats-Unis accepteraient-ils de retirer leurs contingents militaires d’Irak? — Je me permets de vous rappeler à ce propos l’une des dernières déclarations du secrétaire d’Etat américain, M. Colin Powell, qui a clairement affirmé que les Etats-Unis étaient disposés à quitter l’Irak si le gouvernement irakien le lui demandait. Nous sommes tenus à respecter cette décision qui relève de la souveraineté, mais ce n’est pas le cas pour le moment puisqu’on nous demande de rester pour aider le pays à rétablir la sécurité. * L’Italie vient de plaider en faveur d’une participation à cette conférence du leader chiite Moqtada Sadr. Certains milieux proposent même la participation de représentants de la Résistance. Quelle serait la position de l’Administration américaine à ce sujet? — Il faut admettre que la vie politique en Irak devient de plus en plus dynamique et transparente et c’est ce qui encourage d’ailleurs les Irakiens à vouloir participer au processus démocratique naissant. Le Premier ministre irakien Allaoui encourage cette ouverture que nous considérons comme un bon signe et que nous soutenons d’ailleurs pleinement. * Pensez-vous que ces élections -si élections il y aura- seront à même de décanter la situation en Irak? — Je l’espère. Certes il est difficile de l’affirmer de manière catégorique mais je crois que l’élection par le peuple irakien d’un gouvernement légitime et représentatif va énormément aider à la stabilité du pays. Bien sûr, il y aura toujours des éléments perturbateurs et des groupes qui vont tout faire pour faire avorter ce processus démocratique à travers l’effusion de sang, mais j’espère que le gouvernement irakien prendra les mesures nécessaires et réussira à juguler ce phénomène. * Trois années après les tragiques événements du 11 septembre, pensez-vous que les Etats-Unis ont gagné la guerre contre le terrorisme? — Franchement, pas encore, mais nous poursuivons nos actions avec nos alliés. A l’instar de la guerre froide, la guerre contre le terrorisme requiert du temps et une collaboration active de l’ensemble de la communauté internationale. Celle-ci doit nécessairement se mobiliser pour mettre un terme aux dérives de personnes qui n’ont pas de politique, pouvant aider les peuples et qui ont choisi pour alternative la destruction et la mort. Je peux vous assurer que nous allons poursuivre cette guerre jusqu’au bout. Notre travail ne va se limiter uniquement à débusquer Ben Laden et ses complices. Il va bien au-delà puisque nous allons essayer de remédier aux causes profondes à l’origine du terrorisme et des dérives extrémistes à savoir les questions touchant à l’économie, à l’emploi, l’éducation, la transparence de la vie politique, la liberté de la femme et de la presse… Il s’agit en somme de réunir toutes les conditions devant permettre d’améliorer la qualité de la vie des populations dans le monde. * Le projet du “Grand Moyen-Orient” initié par Washington est-il toujours à l’ordre du jour? Qu’envisage l’Administration US pour sa mise en pratique? — Je tiens à préciser, tout d’abord, que l’appellation “Grand Moyen-Orient” a provoqué une certaine gêne. Nous en sommes conscients. Raison pour laquelle, après avoir écouté nos alliés dans la région, nous avons remplacé ce projet par le MEPI ou Initiative de Partenariat pour le Moyen-Orient. Nous nous sommes rendus à l’évidence que le Maghreb est une région différente du Machrek, à la faveur de la tournée effectuée dans de nombreux pays arabes par M. Grossman, le N°3 du Département d’Etat, et des discussions qui ont eu lieu à New York entre Colin Powell et les ministres arabes. Nous sommes, actuellement, en train d’examiner les moyens devant permettre de jeter les bases d’un partenariat actif et concerté qui touche à toutes les questions quelles soient économiques, politiques ou sociales… En fait, nous ne cherchons pas à imposer nos idées, partant de notre conviction que chaque pays a sa propre vision et des spécificités qui le distinguent. Si nous regardons ce qui se passe à travers le monde, nous pouvons remarquer par exemple que dans certaines démocraties comme celles du Japon, de la France, de la Grande-Bretagne et des Etats-Unis, les systèmes sont totalement différents. Il n’empêche qu’à la base de ces systèmes il y a les Droits de l’homme, la liberté de la presse, l’Etat de droit; bref toutes les composantes de la démocratie. * La situation dans les Territoires occupés est de plus en plus préoccupante avec la multiplication des exactions israéliennes à l’encontre du peuple palestinien. D’aucuns reprochent à cet effet un laisser-faire, laisser-aller de la part de Washington qui se veut pourtant le parrain du processus de paix au Proche-Orient. Quel est votre avis à ce sujet? — Il faut admettre que la situation humanitaire des Palestiniens est absolument inacceptable. La Communauté internationale doit trouver les moyens pour améliorer la vie des populations dans les Territoires. Il faut dire que la violence ne sert nullement les intérêts des deux peuples. L’Administration américaine, comme l’a souligné M. Bush, soutient l’idée de deux Etats sécurisés qui peuvent cohabiter. Raison pour laquelle nous devons relancer la “Feuille de route” et réunir les deux parties sur une table de négociations. Ce qui se passe actuellement est vraiment terrible pour les Palestiniens mais aussi pour les Israéliens. * Est-il possible d’envisager l’organisation d’une conférence internationale sur le Proche-Orient ? — Peut être. Reste que nous avons maintenant un processus bien établi avec le quartet sur la base de la «Feuille de route». Il faudrait nécessairement mettre en vigueur ce processus qui existe déjà même s’il connaît des difficultés au lieu d’envisager un autre projet similaire. * Tout laisse à croire que l’on s’oriente vers des élections présidentielles US très serrées. Si M. Kerry venait à remporter ces élections, pensez-vous que cela va entraîner un changement dans la politique étrangère des Etats-Unis ? — Historiquement, aussi bien les Républicains que les Démocrates ont toujours soutenu la même politique à l’étranger. Ceci m’amène à dire qu’il y aura peut-être un changement de style mais pas de substance. Il ne faut pas perdre de vue le fait que notre politique est une politique de consensus. S’il est vrai que les prises de décisions reviennent au Président, il n’en demeure pas moins qu’elles se font sur la base de consultations avec le Congress et les ONG. * L’ancien président de l’ex-URSS, Michael Gorbatchev vient de plaider en faveur d’un monde totalement dénucléarisé. Pensez-vous que cela est possible ? — Je le souhaite de tout cœur, pour le bien de l’humanité et les générations futures. Je crois que nous sommes sur la bonne voie puisque, comme vous le savez, la Russie et les Etats-Unis se sont engagés à diminuer leur arsenal nucléaire. Parallèlement, nous travaillons beaucoup pour éviter la prolifération des armes nucléaires dans le monde. Nous avons actuellement un cas très urgent à traiter entre l’Inde et le Pakistan et j’espère que nous réussirons à juguler la menace qui en découle. * Les Etats-Unis mettent actuellement la pression sur des pays comme l’Iran et la Corée du Nord pour éviter qu’ils ne disposent de l’arme nucléaire alors qu’ils sont beaucoup plus indulgents et moins regardants à l’égard d’autres pays comme Israël. Comment expliquez-vous cet état de fait ? — Comme vous le savez, nous travaillons en étroite collaboration avec nos alliés dont la Chine pour essayer de résoudre la question du nucléaire nord-coréen et avec l’ONU en ce qui concerne le dossier iranien. J’espère que cela va aboutir à des résultats tangibles... * La Russie est l’un des derniers pays à ratifier les accords de Kyoto visant la lutte contre l’émission de gaz à effet de serre. Pensez-vous que les USA pourraient adhérer finalement à ce mouvement international? — C’est une bonne question, mais je ne sais pas encore quelle suite va donner Washington à cette requête. Je peux vous entretenir en revanche à propos des raisons qui ont poussé les Etats-Unis à ne pas ratifier ces accords, lesquels, bien qu’ils comportent des clauses séduisantes, n’en souffrent pas moins de nombreuses insuffisances dont notamment l’absence de structures et de moyens de contrôle susceptibles de vérifier leur mise en application effective. * Quelles perspectives pour les relations tuniso-américaines ? — Elles sont très bonnes. Nous entretenons des relations historiques fructueuses que la visite effectuée par le Président Ben Ali à Washington a davantage confortées. Le dialogue entre les responsables des deux pays est continu et constructif et nous allons poursuivre sur cette même voie. * Le nombre de visas accordés aux ressortissants étrangers par les consulats US a sensiblement diminué au lendemain du 11 septembre. Quelle est la tendance actuellement? — Elle s’est considérablement améliorée puisque les dossiers sont traités actuellement en 24 heures. Le nombre de visas accordés actuellement aux ressortissants tunisiens atteint presque le niveau d’avant le 11 septembre. Je saisis cette occasion pour vous dire que nous sommes très heureux d’encourager les Tunisiens à visiter notre pays. C.B.


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Source: LeQuotidien: lequotidien-tn.com