La prise d’otages de Beslan : L’école du carnage





• 322 victimes dont 156 enfants • Poutine : «Nous avons fait preuve de faiblesse”» Le bilan de l'assaut donné contre le commando qui retenait un millier d'otages en Ossétie du Nord s'est à nouveaux alourdi. Parmi les 322 victimes, il y aurait 155 enfants. "Toute la Russie souffre, pleure et prie avec vous", a déclaré sur place Vladimir Poutine. Le Quotidien-Agences A u moins 322 personnes, dont 155 enfants, ont été tuées (outre les membres du commando) et plus de 700 autres blessées dans le dénouement de la prise d'otages la plus meurtrière de l'histoire de la Russie dans une école d'Ossétie-du-Nord, ont annoncé hier les autorités russes. Selon la version officielle, les forces de l'ordre ont été contraintes de donner l'assaut après plusieurs explosions et un début de fusillade. "Les vérifications sont encore en cours. On a dénombré 322 morts, dont 155 enfants", a déclaré hier le vice-procureur général de Russie Sergueï Fridinski. "Le chiffre n'est pas définitif et devrait encore un peu augmenter, mais de peu", a-t-il ajouté. Ce dénouement sanglant porte à plus de 420 le nombre de personnes tuées dans des actes terroristes en Russie en dix jours, après le crash de deux avions de ligne qui a fait 90 morts et l'attentat du métro de Moscou, où onze personnes ont perdu la vie. Ces attentats avaient été revendiqués par un groupe islamiste affirmant soutenir l'indépendance de la Tchétchénie. * 26 membres du commando tués Fridinski a précisé par ailleurs que les 26 membres du commando avaient été tués. Hier à l'aube, le président Vladimir Poutine a effectué une visite éclair sur place: "Toute la Russie souffre, pleure et prie avec vous", a-t-il dit aux blessés rencontrés à l'hôpital de la ville de Beslan. “ Nous avons fait preuve de faiblesse” , a-t-il avoué lors d’une allocution télévisée. Il a à cet effet promis de prendre “dans un proche avenir des mesures pour renforcer l’unité et la sécurité du pays” Cette vague de terreur a coïncidé avec l'élection présidentielle organisée par le Kremlin en Tchétchénie, le 29 août, qui a vu la victoire d'un homme lige de Vladimir Poutine, Alou Alkhanov, dans un scrutin dont la régularité a été largement mise en cause. Hier matin, les familles couraient d'hôpitaux en hôpitaux à la recherche de leurs enfants. "Je veux pouvoir mettre un corps, quelque chose, dans les cercueils de ma femme, de ma mère et de ma fille", implorait Albert Koundoukhov, un imposant Ossète à la peau mangée par l'acné. "Les autorités ne veulent pas qu'on voie la vérité, qu'on parle des enfants encore sous les décombres, qu'on voie comment ils sont morts par la faute des militaires. C'est nous qui avons combattu et qui avons sorti les enfants de là", soutient Timour, très critique vis-à-vis de l'opération des forces de l'ordre. Toute la journée de vendredi, les négociations s'étaient pourtant poursuivies à Beslan et les autorités avaient exclu tout assaut. "Toutes les options étaient à l'étude, mais l'emploi de la force n'était pas planifié", a confirmé le président Poutine hier. Le Kremlin ne semblait toutefois pas avoir l'intention de négocier sur le fond. Les principaux médiateurs demandés par les preneurs d'otages ne sont jamais venus. * Des explosions Selon la version des responsables russes, les forces spéciales ont été contraintes d'intervenir, lorsque des explosions ont retenti depuis l'école et qu'un premier groupe d'otages s'est enfui du bâtiment au milieu de tirs nourris. Le commando a fait exploser des charges installées dans l'école, provoquant l'effondrement partiel du toit, a déclaré un responsable. C'est cet effondrement qui aurait entraîné la mort d'au moins une partie des otages du gymnase. Les combats ont duré au moins six heures, et un général russe a reconnu que des chars avaient même été utilisés. Selon les autorités, les terroristes, dont une dizaine originaires de pays arabes, ont utilisé des armes et des explosifs entreposés à l'avance dans l'école, ce qui suppose une préparation minutieuse de l'opération. Le ministère russe des affaires étrangères a prévenu hier que la Russie continuerait "résolument et sans compromis sa lutte contre le terrorisme international". Akhmed Zakaïev, le porte-parole du leader indépendantiste tchétchène Aslan Maskhadov, a assuré que les membres du commando n'étaient "pas tchétchènes". Mais selon le FSB (ex-KGB), l'opération a été organisée par le chef de guerre radical tchétchène Chamil Bassaïev et dirigée par un autre chef de guerre, Magomet Evloev. ______________ * Horreur et humiliation Des rescapés de Beslan ont raconté l'enfer de deux jours et demi de détention aux mains d'un commando lourdement armé: une chaleur insupportable dans un gymnase où les otages étaient couchés les uns sur les autres, face contre terre, des enfants assoiffés contraints de boire de l'urine, l'exécution sommaire des hommes les plus forts. "J'avais soif. Les bandits ne nous donnaient pas d'eau. Ils disaient qu'elle était empoisonnée. Nous buvions en cachette quand nous allions aux toilettes. Ils nous laissaient sortir rarement. Les gens urinaient dans des bouteilles et le buvaient ensuite", raconte Asamas, 10 ans. "Non seulement les enfants, mais aussi des adultes s'étaient déshabillés. Quand les combattants nous ordonnaient de nous coucher face à terre, nous étions couchés les uns sur les autres parce qu'il n'y avait pas assez de place", raconte Diana Gadjinova, 14 ans. "Ils faisaient sortir des hommes du gymnase et les exécutaient dans les couloirs", ajoute l'adolescente. "Le 1er septembre les combattants ont fusillé dix hommes, parmi les plus vigoureux, qui auraient pu opposer une résistance", raconte pour sa part la cuisinière Sima Albegova. "Ils nous ont dit ensuite: nous ferons pareil avec ceux qui tenteront de s'enfuir et de résister", ajoute la cuisinière. "Les combattants ont divisé les enfants en groupes et ont posé entre eux des grenades. Ils ont suspendu une bombe dans le gymnase sur laquelle a été fixé un drapeau ossète. Le groupe où était ma fille était gardé par quatre personnes dont deux femmes avec des ceintures d'explosifs", raconte Indira Dzetskelova dont la fille Dzerasa, 12 ans, a réussi à s'enfuir par une fenêtre brisée du gymnase. Dzerasa a également raconté à sa mère que des preneurs d'otages violaient des jeunes filles dans des pièces d'à côté.


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Source: LeQuotidien: lequotidien-tn.com