Les jeunes et le mensonge : Bobards à la barre !





Une fois, un bonhomme, la vingtaine, achète une veste de la fripe... De retour, il prétend avoir trouvé une carte d’identité d’Adolf Hitler dans la poche de la veste ! Cette histoire a été tellement répandue dans la région de «Lafayette» que tout le monde en rit à présent... la mythomanie est une pathologie... Les jeunes n’en sont pas épargnés. Pour voir les antécédents de la chose, les jeunes en parlent... Tunis — Le Quotidien D’un tout petit mensonge à la mythomanie il n’y a parfois qu’un seul pas à franchir. Certains mentent comme ils respirent avec préméditation et sans raison valable. Au sein d’un groupe on lui colle l’étiquette de professionnel en matière de «bluff» et plus rien ne l’arrête... Peu à peu la personne est sous l’emprise totale d’une mythomanie chronique. Youssef, 21 ans, étudiant, a bien connu des cas de ce genre de pathologies «Je ne peux pas juger ce genre de personnes car il y a une nuance entre un menteur-né et un vrai mythomane. Ce dernier ne se rend pas compte qu’il est en train de mentir. Il prend ses désirs pour des réalités. D'ailleurs, il s’énerve et devient perturbé si l’entourage en rit ou l’accuse de mensonge. Je connais de près quelqu’un qui souffre de mythomanie. Le pauvre croit avoir voyagé en Europe et avoir visité tous les pays du continent...». L’ami de Youssef n’est pas marginalisé pour autant. Tous ceux qui le côtoient font semblant de le croire et dès qu’il s’éloigne, ils éclatent de rire... «Ces personnes affabulent beaucoup. Ils peuvent cependant se baser sur un fait réel pour bâtir de vrais histoires complètement insensées. Mon ami a réellement voyagé en Europe. Mais quand il prétend avoir été invité par tous les présidents pour un dîner d’honneur, c’est clair comme de l’eau de roche... Il ment ! Le problème c’est qu’il croit ce qu’il dit... Mais franchement, je dirai que c’est une maladie psychologique qui a des aspects rigolos et sympathiques»... Certains confondent mensonge et mythomanie. Amine, 21 ans étudiant, fait la nuance. «D’emblée, il faut faire la différence entre quelqu’un qui ment juste pour se vanter ou se faire une place au sein de la société et quelqu’un d’autre atteint de mythomanie. Mais de toutes manières, la mythomanie est sûrement le résultat d’un très fort déséquilibre psychique. Ces personnes mentent au début pour compenser un sentiment de manque de confiance en soi. Tellement ils ont peur d’être jugés par les autres qu’ils finissent par combler le vide par un mensonge. Petit à petit, ils finissent par croire à ce qu’ils racontent et là, il s’agit d’une réelle maladie», explique-t-il. Leïla B., 24 ans maîtrisarde en anglais, a connu de près des mythomanes... Et elle en a souffert. «J’ai été transféré de mon lycée pendant l’année du bac. Je ne connaissais personne. Une fille s’est approchée de moi et elle m’a proposé son amitié. Je l’ai acceptée. Quelques jours après elle a commencé à me parler de son argent de poche «trente dinars par jour» ! De ses trois cents paires de chaussures. Au début, je croyais qu’elle était sérieuse, surtout que je voyais toujours un bon paquet d’argent dans son sac... Mais je me suis rendu compte après que c’était une mythomane... Il s’est avéré aussi qu’elle était kleptomane, elle volait de l’argent à son père pour être crédible dans ses mensonges. Une fois, elle a prétendu avoir été invitée par des amis à dîner à Rome pour regagner la classe le lendemain! Quand quelqu’un éclatait de rire, elle s’énervait et piquait une crise de nerfs. Je pense que c’est une maladie qui touche les personnes complexées et qui vivent dans un milieu huppé... Elles essayent toujours de se distinguer par rapport aux autres et cela ne peut être que via les mensonges», dit Leïla. Samy, maîtrise en gestion, a un ami mythomane. «Parfois, ce sont ses mensonges qui animent nos soirées, mais par moment son cas est pathétique», dit-il. Et d’ajouter : «Certes on peut rire des bobards que nous racontent les «mythos», mais par moment cela devient désolant. C’est une pathologie qui est peut-être due à un déséquilibre social, un manque de confiance en soi, comme cela peut être juste pour se démarquer par rapport aux autres... Mais ce qui confirme qu’il s’agit bien d’une maladie, c’est quand ça devient flagrant et que le sujet ne se rend pas compte qu’il ment. L’histoire qu’il raconte lui est passée par la tête, comme un rêve... Il y croit et il la reporte dans la réalité», dit-il. Ahmed Khedher, 19 ans élève en terminale, ne peut pas croire que cela soit une maladie «Un ami est venu me dire une fois qu’il avait pris l’avion à 18h, en Turquie où il a passé toute la nuit à faire du shopping et à visiter Istanbul avant de regagner la Tunisie 12 h après ! C’est une histoire à dormir debout et il le fait juste pour se vanter et pour que l’on ne sache pas qu’il s’est procuré ses vêtements de la fripe ! Dès qu’il détecte la réticence des autres et les éclats de rire, il s’énerve et diminue «la dose» des bla-bla-bla. On peut dire qu’il est malade... Mais je trouve que c’est plutôt dû à la rancune, à l’envie et à une éducation qui laisse à désirer...», dit-il . Basma, 29 ans, enseignante, avoue être crédule et naïve au point de «gober» tout ce qu’on lui raconte. «Quelqu'un est venu demander ma main, il m’a dit avoir une maison dans la région de Monastir qui était presque finie et trente mille dinars dans un compte bloqué qu’il ne peut toucher avant cinq ans. Ce n’est sûrement pas un mythomane, c’est un malade et un menteur qui sait ce qu’il fait. C’est après deux années de mensonges que je m’en suis rendue compte», confie-t-elle. De la carte d’identité d’Hitler, en passant par douze heures en Turquie jusqu’à l’invitation de tous les présidents européens il y a vraiment de quoi rire, mais cela peut révéler une pathologie. Abir CHEMLI OUESLATI


Articles Similaires:



Source: LeQuotidien: lequotidien-tn.com