Khadija Kammoun : L’art de partager





En cette rentrée 2004-2005, Khadija Kammoun entame une nouvelle saison culturelle qu’elle espère tout aussi riche en événements et en émotions. Nous lui souhaitons encore plus de succès. S’il y a un centre culturel qui fonctionne très bien depuis sa création, il y a trente ans, c’est bien le club culturel Tahar Haddad, sis à la rue du Tribunal au cœur de la Médina. Il ne faut pas chercher très loin les raisons de cette réussite. La première : cette institution a été dirigée par deux directeurs ou plutôt deux directrice en trois décennies. Bel exemple de continuité dont peu d’institutions culturelles peuvent se prévaloir. La seconde, et pas la moindre, le centre a été dirigé par deux femmes exceptionnelles, deux animatrices de grand talent, à la fois passionnées et passionnantes, qui ont su accompagner des générations de créateurs et de créatrices. Ces deux femmes sont Jalila Hafsia, que nous saluons ici chaleureusement et qui a dirigé le club depuis qu’il a vu le jour à la Place Pasteur, jusqu’en 1987, et depuis cette date, c’est Khadija Kammoun qui en assure encore la direction. Détentrice d’une maîtrise en lettre arabes, cette tunisoise native de la Médina a enseigné dans les lycées de la capitale. Férue d’arts et de culture, elle a commencé à animer des clubs de cinéma, de théâtre, de lecture… au sein des institutions éducatives. Il lui arrivait souvent de recevoir chez elle nombre de ses collègues pour partager la passion d’une œuvre. * Les atmosphères et le Changement Encouragée par son mari médecin, Khadija a étudié les beaux-arts à Radès. Durant trois ans, elle s’est familiarisée avec la peinture, le tissage, la calligraphie. Elle a appris aussi à jouer du luth. Elle était curieuse de tout, à l’image de sa mère, qui jouait du piano mais aussi de ses deux frères et sa sœur, qui s’adonnent chacun à une activité artistique. Il faut dire que son père, enseignant la mosquée Zitouna, tenait à ce que ses enfants aient une formation éclectique où l’art et la culture occuperaient une place de choix. «J’ai toujours senti le besoin de partager avec les autres ma passion et mon savoir», dit Khadija Kammoun, c’est tout naturellement donc qu’elle a été choisie parmi de nombreux autres candidats pour prendre en main la direction du club culturel Tahar Haddad en 1987. «Pour moi, c’était une sorte de retour aux sources, puisque le club était l’annexe même de Dar Lasram, l’ancienne maison familiale. La rue du Tribunal était le quartier de mon enfance. C’est là que j’ai vécu et c’est là aussi que je me suis mariée», raconte Khadija. Et d’ajouter : «J’étais heureuse d’occuper mon nouveau poste, mais j’avais aussi des appréhensions, car il n’était pas facile d’assurer la succession d’une grande dame comme Jalila Hafsia qui a donné au Club ses lettres de noblesses». C’était aussi pour elle un défi, une épreuve. Les personnes passent mais les institutions restent, se disait-elle, comme pour se donner des raisons de se lancer dans l’aventure. Il fallait être à la hauteur, assurer la continuité puis apporter sa propre marque. L’atmosphère de saine émulation qui a suivi le Changement du 7 novembre 1987, l’a beaucoup aidée. Il y avait un nouvel enthousiasme. Les gens étaient plus ouverts. Les attentes étaient grandes. Il fallait accompagner le mouvement et le canaliser. C’est ce que Mme la directrice a fait. On peut dire aujourd’hui qu’elle a réussi son pari. Si le club est aujourd’hui le foyer d’animation culturelle le plus dynamique de la capitale, malgré les moyens limités qui lui sont accordés, cela est le fruit d’un travail de fond, où organisation et imagination qui vont de pair. * Des contacts et des jeunes Khadija Kammoun n’oublie pas un après-midi de l’an 1994 où elle a pu enfin accueillir Jalila Hafsia au Club à l’occasion du vingtième anniversaire de sa création. Femme de cœur et d’esprit, rigoureuse et disciplinée, mais imaginative et passionnée, Mme la directrice a toujours su placer la barre très haut. Mieux : elle a toujours su créer l’événement, provoquer la nouveauté, imprimer son empreinte, bref, créer, communiquer, partager. Sa grande affaire : les jeunes qu’elle a su intéresser aux activités du club : «J’aime les écouter. Je cherche à les comprendre, à être à leurs côtés, à les pousser à réfléchir et à créer. Peu à peu, la confiance s’est instaurée et nous avons pu créer ensemble de bonnes traditions qui font aujourd’hui la fierté du club comme le Mois de la Musique», explique Khadija Lasram-Kammoun. Certains des jeunes qui ont fait leurs premières armes au club sont devenus aujourd’hui des valeurs sûres de la musique tunisienne comme Bassam Makni, Ryadh Fehri, Mohamed Zine El Abidine, Samir Chichti, Mounir Troudi, Yousra Dhahbi, etc… Cette intense activité professionnelle -elle doit être présente physiquement toute la journée au club- n’a pas empêché la directrice d’être une bonne épouse et une bonne mère. Sa fille et son fils qui ont fait de brillantes études aux Etats-Unis peuvent en témoigner. Merci madame et bon courage et bonne chance dans d’autres domaines de création. Vous le méritez bien. Zohra ABID


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Source: LeQuotidien: lequotidien-tn.com